Les petits déjeuners du D2A

 

Les Matinales avec Laurence Clerc, Productrice de longs-métrages chez Alcatraz Films, le mercredi 7 novembre 2018

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Le mercredi 7 novembre, les étudiants du Master D2A ont eu la chance de rencontrer Laurence Clerc, productrice de longs-métrages chez Alcatraz Films.

Au premier abord, rien ne semblait prédestiner Laurence Clerc à une carrière dans la production cinématographique. En effet, après avoir suivi un cursus de droit public à Assas elle entre à Sciences-Po dans la section service public. C’est seulement après avoir effectué un master à Columbia qu’elle rencontre Olivier Granier, directeur de Studio Canal. Ce dernier est à la recherche de jeunes talents pour lancer sa société de production aux côtés de Dominique Farrugia et lui propose un poste qu’elle accepte.

Au sein de cette petite structure, Laurence Clerc est successivement directrice juridique, puis directrice financière. La société connaît un succès croissant, notamment grâce à la production de comédies populaires portées par des personnalités telles que Gérard Jugnot, ce qui lui permet de lancer trois chaînes télévision (« Du coté de chez vous », entre autre). Toutefois, la société commence à connaitre des difficultés lorsqu’elle décide de produire le premier film en numérique : Vidocq (2001). La technologie utilisée pour le film n’est pas maitrisée ce qui conduit à l’explosion du budget et force l’entreprise à vendre des parts sociales de ses différentes chaînes télé.

Laurence Clerc décide alors de partir chez Fidélité Films, où elle rencontre son actuel associé. Ensemble, ils décident de monter leur propre société de production « Alcatraz Films ». Ils ont notamment produit La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche ou Enter the Void de Gaspard Noé en tant que producteur exécutif et les films de Claire Denis en tant que producteur délégué.

Après avoir décrit son parcours, Laurence Clerc s’est attachée à nous exposer les différents rôles et tâches du producteur, selon qu’il soit exécutif, délégué ou associé. Le producteur délégué est celui qui finance le projet, établit son budget, son plan de financement et garantie sa livraison. Il prend le risque financier sur le film, dans l’éventualité où le budget initial est dépassé. Le producteur exécutif lui, fabrique le film au quotidien, il organise le planning des différentes étapes de production. Il est généralement salarié. Enfin, le producteur associé participe au financement. Il ne s'implique pas dans la fabrication du film, il ne prend aucune responsabilité sur la livraison et la bonne fin du film. Il s’agit typiquement des chaines de télévision, quand elles sont coproductrices.

Elle a ensuite évoqué les différents modes de financement d’un long-métrage. Les producteurs recherchent dans un premier temps des fonds auprès de l’Etat, car environ 30% des dépenses d’un film sont éligibles à des crédits d’impôts. On sollicite également des aides du CNC. La production se tourne ensuite vers les grandes chaines, qui peuvent participer au budget aux alentours de 15-20% en échange de droit Télévision. Ils peuvent également solliciter de plus petites chaines, dont la participation sera moindre. On arrive alors à la valeur de marché du film. On obtient ensuite un minimum garanti de la part du distributeur, qui correspond à une anticipation des recettes futures. Enfin, de manière schématique, le film s’amorti sur les recettes des entrées en salle.

Laurence Clerc a conclu sa présentation en évoquant la remise en question du système de financement du cinéma français engendrée aujourd’hui par Internet. En effet, le financement est basé sur un système de préventes d'exclusivité, or le développement d’Internet rend de plus en plus difficile la garantie l'exclusivité d'un film.

Les étudiants des masters D2A remercient chaleureusement Laurence Clerc pour le temps précieux qu’elle nous a accordé, nous permettant d’enrichir nos connaissances sur le métier de producteur.

Anaïs Mailhes & Célia Rohart

 

 

 

 

Les Matinales avec Gilles Freissinier, Directeur du développement numérique chez Arte, le 24 octobre 2018

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Le 24 octobre dernier, les étudiants des masters D2A et ECN de Paris 1, ont eu la chance de rencontrer Gilles Freissinier, actuellement directeur du développement numérique chez Arte.

Mr Freissinier a lui-même étudié au D2A, avant de débuter sa carrière chez Canal Plus. Il s’est ensuite dirigé vers le département numérique de Canal qu’il a contribué à développer. Ces expériences l’ont finalement amené à prendre la tête du développement numérique d’Arte en 2013.

Gilles Freissinier a tenu à nous sensibiliser aux enjeux liés au secteur audiovisuel dans l’univers numérique. Il a d’abord entrepris de faire un panorama des aspects essentiels recouvrant cette question : il nous a ainsi et justement rappelé que l’avènement du numérique avait engendré une logique de surabondance des programmes et de l’offre à la télévision, ainsi que de désintermédiation des usages. Il a également évoqué la menace potentielle liée aux nouvelles plateformes et GAFA susceptibles d’amener à une logique d’enfermement de l’individu sur lui-même. Les médias traditionnels sont en effet de plus en plus dépendants de ces nouveaux acteurs qui leur donnent de la visibilité via la publicité. A ce titre, il a souligné l’indépendance d’Arte dont le revenu, en partie issu de la redevance et non pas seulement de la publicité, permet à la marque de se différencier et d’envisager les choses autrement. Il est dès lors revenu sur la ligne éditoriale d’Arte qui tend vers une idée de diversité des programmes, et de rassemblement des peuples grâce à la culture, à l’éveil de la curiosité de chacun. C’est d’ailleurs ce qui est systématiquement recherché dans leurs campagnes publicitaires : allier des croisements inattendus, critère précisément rendu de plus en plus difficile par l’avènement des géants du web et l’enfermement sur soi. Il devient donc nécessaire d’anticiper les nouveaux usages et de fidéliser au sein de ce nouvel univers.

Ceci a permis à Mr Freissinier d’aborder plus amplement la stratégie numérique de l’entreprise avec une question principale : comment tenter de conserver une cohérence entre marque et ligne éditoriale, tout en continuant à captiver le spectateur ou utilisateur à l’ère numérique ? Ceci passe par la création d’un site puissant, l’utilisation de la vidéo, et la coproduction de programmes pour la télévision ou le web diffusés au mieux. Il a notamment évoqué la création d’Arte +7 comme système de replay afin de redécouvrir certains programmes de stock diffusés par la chaine. Il nous a dans ce cadre, expliqué que l’idée de limiter le visionnage à 7 jours était issu d’une volonté de ne pas cannibaliser la consommation de programmes en replay : ceci empêche les téléspectateurs d’arrêter de regarder la chaine en direct, parce qu’ils n’ont pas accès aux programmes diffusés en replay de manière illimitée par la suite. Il y-a aussi eu la création en 2011, d’Arte Creative permettant la création de nouveaux programmes en dehors de la télévision.

Il est finalement longuement intervenu sur la diversité des programmes proposés par Arte dans différents genres et formats, à l’ère de la transformation numérique des médias et d’une hybridation des écritures. On peut par exemple citer l’utilisation du Facebook live afin de faire visiter en direct des expositions parisiennes souvent en avant-première, en coordination avec l’équipe des partenariats d’Arte une fois par mois, « Loulou », la série digitale primée à Séries Mania en 2017, ou encore « Dawaland – l’histoire d’un mec gentil qui voulait devenir un badass », racontée par un dessinateur commentant l’histoire à mesure qu’il dessine. Il a aussi parlé de fictions interactives conçues pour smart phones comme « Enterre-moi mon amour » retraçant l’histoire de Nour, fuyant la Syrie pour l’Europe dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure, ou bien de « Battlescar » : une fiction en réalité virtuelle contant une année dans la vie d’une jeune portoricaine au sein du New-York des années 1970.

Nous remercions sincèrement Mr Freissinier pour sa passionnante intervention nous ayant à tous permis de nous questionner un peu plus sur des enjeux aujourd’hui devenus primordiaux

Victoria Gilles

 

 

 

 

Les Matinales avec Laure Saget, Directrice de l'audiovisuel et de la production de livres audio chez Gallimard, le mercredi 17 octobre 2018

 

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Le mercredi 17 octobre 2018, l’ensemble du master D2A (formation intiale et continue) se sont retrouvés avec plaisir pour faire la rencontre de Laure Saget, directrice de l’audiovisuel et de la production de livres audio du groupe Gallimard.

C’est avec un plaisir de découvrir la nouvelle promotion que Laure Saget débuta son intervention en nous présentant son parcours étudiant. Et quel parcours ! Après une classe préparatoire littéraire, elle poursuivit un cursus juridique. Après l’obtention d’un diplôme de Comercial & European Law de L’université de Canterbury, elle obtiendra en 1995 le DESS Droit et Administration audiovisuel, aujourd’hui Master 2 D2A, de l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne.

Son parcours professionnel fut particulièrement fourni puisqu'elle débuta sa carrière chez Universal Music en Business Affairs. Elle qualifie alors cet emploi comme un job juridique opérationnel : on y négocie les contrats avec les artistes, agents, avocats. Il n’est pas question de contentieux mais de négociation financière. Au bout de deux ans, elle prit la tête de la direction juridique de la chaine « 13ème rue ». Il s’agit là de la création de la chaine. Elle nous souligna que le fait d'arriver dans quelque chose qui "se monte" est très intéressant. En l’espèce, elle était chargée des contrats de négociation d’acquisitions des programmes, des négociations avec le CSA mais aussi des statuts de la boite. Toutefois, cet emploi était facilement répétitif. Ainsi, elle exerça une mobilité au sein du groupe.  Universal Studio ayant été racheté par Vivendi, elle se dirigea alors vers Vivendi Universal Net. Au sein de cette entité, elle prit par la suite la direction juridique du pôle européen d’Universal music mobile, avant un rapide passage à la direction juridique de MK2.

Toutefois, c’est avec passion qu’elle nous a parlé de la suite de sa formation. En effet, un retour à son premier amour la littérature fut entamée notamment par la préparation du concours de la Femis en formation scénario tout en étant juriste chez Lagardère.

En 2010, elle finit par allier sa formation et sa passion en étant responsable de droits de l’audiovisuel, elle s’occupe alors d’adapter les livres en film. Elle postule pour etre membre du Comité éditorial de Galimard afin de tester ses compétences pour analyser un texte.

Finalement Flammarion l’embauche afin d’être responsable des droits audiovisuels. Il s’agissait de lire des livres et vendre le potentiel d’adaptation pour le cinéma ou les séries à des producteurs. Au bout de deux ans, la personne qui s'occupait des droits dérivés (exploitation non librairie des livres) et du business développement chez Flammarion est partie donc Madame Saget reprit toute la direction. Elle a fait ce travail pendant 7 ans. Aujourd’hui, elle se voit attribuer le titre de directrice de l’audiovisuel et de la production de livres audio du groupe Gallimard.

Ainsi, elle nous explique donc qu’aujourd’hui un grand champ s’est développé en édition : les livres audio. Au fur et à mesure, Amazon mais aussi le groupe Editis et Hachette se sont mis à développer le livre audio.

Au niveau de l’audiovisuel, il s’agit alors d’identifier la maison d’édition concernée, identifier si c’est une traduction ou un texte français, mais aussi le succès du livre. Elle se prononce aussi sur la question du droit moral, une fois le projet lancé, l’auteur ne peut plus reculer. Il peut simplement demander que le titre soit changé, qu’il n’y ait pas de mention de son livre dans le générique du film.

Nous tenons à remercier chaleureusement Laure Saget pour le temps qu’elle nous a consacré lors de cette rencontre.

Tess Passereau