Les Matinales de l'EMNS - Rencontre avec Alain Rocca, Directeur délégué à la formation, à l’enseignement et au conseil de l’INA

Le 23 octobre 2019, les étudiants du D2A ont eu le privilège de rencontrer et de pouvoir échanger avec Monsieur Alain Rocca, Directeur délégué à la formation, à l’enseignement et au conseil à l’INA. Celui-ci nous a d’abord parlé de son parcours, avant d’ensuite répondre à nos questions.

Avant de s’orienter vers le secteur du cinéma, Monsieur Rocca a suivi des études d’ingénieur en hydraulique, à Grenoble. C’est en 1985 qu’il fonde sa société de production, Lazennec, qui finance essentiellement des courts-métrages, mais également des longs-métrages. Il produit ainsi des films réalisés notamment par Cédric Klapisch ou encore Mathieu Kassovitz. L’activité de Lazennec prend fin en 2009. 

En 2001, il décide de fonder Universciné, dont il sera le président jusqu’en juin 2018. Cette plateforme VOD va permettre la création de la Cinetek, une autre plateforme, alimentée mensuellement par « des réalisateurs d’aujourd’hui, qui y établissent leur filmographie idéale ».

Directeur de la FEMIS pendant quinze ans, il reprend également l’organisation des Césars en 2003, jusqu’en 2016, et cette découverte de l’événementiel lui permettra notamment de fonder Les Trophées francophones du cinéma.

 

Après nous avoir présenté son parcours, Monsieur Rocca a pris le temps de répondre aux différentes questions des étudiants, qui l’ont interrogé sur le métier de producteur, sur l’INA, sur les plateformes SVOD, sur France Media ou encore sur l’événementiel cinéma.

« Je crois que la production, c’est dire oui » : voilà comment Alain Rocca résume le métier de producteur. Il estime qu’un producteur est souvent amené à dire non, mais lorsqu’il dit oui, il doit faire en sorte que les moyens suivent, afin que le réalisateur avec qui il travaille puisse réaliser correctement son projet. Deux caractéristiques de ce métier sont ainsi essentielles à ses yeux : le lien humain, avec les talents qu’il a pu choisir de produire, ainsi que les moyens mis en œuvre dans le processus de production.

Interrogé sur la production française, il considère qu’il est beaucoup plus facile de produire des films en France, grâce aux systèmes d’aides. Il estime également qu’en raison de la législation relative à la diversité, il est impossible d’avoir une major française, à l’inverse des Etats Unis.

 

         Dans la lignée de sa qualité de directeur de la Femis, il devient en 2018 directeur de la formation à l’INA. Cette institution a pour ambition de devenir une école de cinéma à grande échelle, ouverte aux étudiants sans expérience scolaire prérequise : de BTS à Master, le programme sera à plusieurs échelles. L’INA propose également une formation pour les professionnels et une formation de conseil à l’international afin de répondre aux demandes des institutions internationales, en collaboration avec France Média.

 

Alain Rocca découvre un univers administratif avec l’INA et peut créer des relations privilégiées avec les plateformes de SVOD. Il y développe également un pôle thématique de recherche et développement. En construction actuellement, le pôle e-learning du bâtiment aura pour ambition d’être le pôle de réflexion sur les enjeux de l'audiovisuel. Il souhaite apporter à l'institut et à l’école les valeurs qui, pour lui, sont fondamentales pour toute personne aspirant à travailler dans le cinéma : Responsabilité, économie, modernité et liberté.

L’INA proposera à partir du 10 décembre 2019 sa propre plateforme de SVOD : Madelene.

 

       L’univers des plateformes de SVOD est pour lui une source inépuisable d’inspiration et de production française. Il s'interroge avec l’OCDE sur les moyens nécessaires pour les productions locales. La nouvelle loi sur l’audiovisuel devrait permettre d’établir des lignes directrices, qui selon lui, pré définirons un cadre réglementaire des investissements des chaînes et de plateformes qui, pour l’instant, évoluent à l’aveugle.

 

       Outre les acteurs privés, les acteurs publics ont également leur place sur ce marché : Pour lui, l’audiovisuel public à une place importante à prendre dans la construction de cet écosystème. Celle-ci devrait être gagné par un acteur majeur européen, un “champion national”. Cela pourrait donc passer par France Média. L’enjeu majeur reste la dépendance entre la redevance et l’utilisation des données par les GAFA. Pour lui, anticiper le futur contexte audiovisuel passe par ces données, au cœur de toutes les stratégies actuelles.

 

Alain Rocca estime enfin que l’organisation des Césars devrait être repensée pour que cette cérémonie devienne véritablement la cérémonie des jeunes talents. Bien que son mode de fonctionnement – membres de l’académie nommés à vie – garantisse son indépendance vis-à-vis des lobbys, la cérémonie souffre aujourd’hui d’un manque de dynamisme et de modernité, alors qu’elle devrait constituer une motivation supplémentaire pour les jeunes réalisateurs.

 

Nous remercions Alain Rocca de nous avoir accordé de son temps pour cette rencontre, ainsi que la Maison des Sciences Economiques pour son accueil.

 

alain rocca

 

Claire Suhamy et Ewan Frydman