Berlinale 2020

 

Du 20 au 24 Février 2020, les étudiants du D2A ont eu la chance de s’envoler pour la 70ème édition de la Berlinale, le célèbre Festival International du Film de Berlin.

Durant leur séjour, les étudiants ont pris le temps de visiter la ville ; ils ont parcouru des lieux emblématiques de Berlin (Reichtag, Mur de Berlin, Galerie Berlinoise, Musée de Pergame), et ont exploré les quartiers très arty que sont Kreuzberg et Neukölln.

Ils ont également assisté à plusieurs projections de films en compétition dans le cadre du festival, organisées aux quatre coins de la ville dans des théâtres plus somptueux et gigantesques les uns que les autres.

Les étudiants de la formation continue (parcours stratégie et management), grâce à leurs accréditations, ont pu accéder au Marché du Festival et ainsi rencontrer différents vendeurs internationaux.

Merci à Marine Croce-Maisonneuve, la responsable administrative du Master D2A, et à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne pour l’organisation de ce séjour !

Jeanne Rignault

 

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Malmkrog (2020) de Cristi Puiu (Roumanie, Serbie, Suisse, Suède, Bosnie Herzégovine, Macédoine du Nord)

 

Nikolai est un grand propriétaire terrien, un homme du monde, qui va recevoir dans son manoir quelques amis. Parmi ces invités, un homme politique, une jeune comtesse, et une générale russe. Le temps passe au manoir avec des repas copieux, des jeux de société et s'engagent tout au long de la journée des discussions sur la mort et l’Antéchrist, le progrès et la morale. Cette fresque philosophique et théâtrale mène les personnages vers leurs propres angoisses au point de rendre la conversation et les sujets abordés de plus en plus conflictuels. 

Ce film de Cristi Puiu est une remarquable adaptation du roman Trois Entretiens sur la Guerre, la Morale et la Religion de Vladimir Soloviev, auteur russe de la fin du XIXe siècle. Cette adaptation est assez fidèle, puisque les personnages sont en costume d’époque et parlent français entre eux, comme il se faisait dans la haute bourgeoisie russe. La mise en scène, proche de celle du théâtre, offre une temporalité sur une journée dans un lieu unique, un hommage aux règles classiques d’unité de temps et de lieu. 

Malmkrog a été qualifié dans la nouvelle catégorie Encounters du festival de Berlin, qui se fonde sur deux critères essentiels : le courage, et la recherche d’un nouveau langage cinématographique. Cristi Puiu a reçu le prix de meilleur réalisateur dans cette catégorie, une récompense qui met en avant l’intégralité de sa carrière.

Un hommage que l’on peut étendre à ces autres films, La mort de Dante Lazarescu, Aurora ou encore Sieranevada. Une filmographie qui s’inscrit dans une recherche plus globale sur la morale et les enjeux philosophiques qui y sont associés. Le réalisateur se dit lui-même grandement inspiré des contes moraux d’Eric Rohmer. 

Dans les salles en juillet 2020, nous souhaitons une sortie retentissante à ce film pour un cinéma curieux et exigeant qui pousse à une réflexion sur des questions encore actuelles comme la morale, la religion mais aussi l’Europe. 

Lorette Choné

The Twentieth Century (2019) de Matthew Rankin (Canada)

 

Le jeune William Lyon Mackenzie King arrivera-t-il à devenir Premier Ministre du Canada malgré son addiction handicapante pour les chaussures féminines ? Gagnera-t-il la compétition (et non l’élection) qui mène au poste suprême, consistant entre autres à un concours de découpages de rubans officiels ou de reconnaissance de bois canadien à leur odeur ?

The Twentieth Century est un thriller politique inspiré de personnes réelles sur lequel un filtre a été appliqué, transposant toute l’intrigue dans un monde visuel et narratif complètement décalé. Rappelant l’originalité d’un Wes Anderson à laquelle on aurait adjoint une folie créative sans limite, Matthew Rankin livre un conte jouissif sous acide et sans compromis, notamment à travers des décors extrêmement inventifs.

The Tesla World Light (2017), court métrage signé par le même réalisateur et disponible sur la chaine Youtube du National Film Board of Canada, laisse entrevoir le style de son auteur, bien que moins fantaisiste.

Malo Jacquemin

El Prófugo (2020) de Natalia Meta (Argentine)

 

Inés, chanteuse dans un chœur de Buenos Aires, vit de doublages de films érotiques japonais. Après une expérience traumatisante, elle se trouve être victime de cauchemars persistants et d’hallucinations. Le mystère semble se loger au sein de ses cordes vocales qui émettent des sons qu’elle ne peut maitriser.

Porté par un casting très bien choisi (on peut y noter la présence de Nahuel Pérez Biscayard), El Prófugo s’inscrit directement dans la lignée des Giallo, films policiers italiens penchant tantôt vers le paranormal ou l’érotisme. Les codes sont plantés d’entrée avec un esthétisme pop et des acteurs portant leurs performances au maximum à la manières de « scream queens ». Au début du film, la réalisatrice mène son intrigue avec habileté en alternant intelligemment humour et scènes de tension. À mesure que le mystère s’installe, la trame et le design sonore très léché suffisent à maintenir l’attention du spectateur. Toutefois, la quête de son origine se révèle être plus laborieuse. Le problème principal est alors le manque de structure de la deuxième partie. S’y noient plusieurs bonnes idées de mises en scène et de très beaux passages, mais la redondance de plusieurs scènes et l’absence d’utilisation de ces éléments pour servir à proprement parler le récit ralentit considérablement la narration.

El Prófugo devient à plusieurs égards un exercice de style ne semblant plus se soucier du fond. Le mystère peut être aisément percé et le film n’explore que peu la portée et les conséquences de la folie naissante de son personnage principal. Natalia Meta ne renoue pas ici avec l’énergie qui traversait Muerte in Buenos Aires (2014) qui, bien que présentant lui aussi certains défauts, était magnifié par une véritable force tout au long du récit. Au contraire des films de Dario Argento, El Prófugo ne tente pas d’être une proposition radicale, mais se contente de rester sur bien des niveaux « calme », en faisant ainsi un film qu’il n’est pas désagréable à regarder, mais un peu décevant pour les amoureux du genre…

Malo Jacquemin

Mogul Mowgli (2020) de Bassam Tariq (Royaume-Uni)

 

Un acteur et une prose.

Dans Mogul Mowgli, le réalisateur Bassam Tariq et l’acteur et rappeur Riz Ahmed nous racontent l’histoire de Zed, un jeune homme britannique d’origine pakistanaise habité par le rap depuis son enfance. Zed aspire à devenir un « mogul », mot issu de l’argot américain qui représente une personne très influente dans son industrie, en particulier musicale.

En tant que spectateur, on suit l’évolution d’un jeune poète qui déploie ses idées et revendique son identité dans une prose et une musicalité attrayantes interprétées par Riz Ahmed. En pleine force de l’âge, Zed se retrouve foudroyé par un coup du destin : on lui diagnostique une maladie auto-immune qui menace sa carrière à un point déterminant.

Tout au long du récit, hallucinations et souvenirs s'entremêlent à la réalité, exprimant le mal-être du personnage et créant une sorte d'histoire à doubles couches ; la première racontant l'histoire d'un artiste émergent qui doit surmonter certains obstacles, et la seconde, celle d’un enfant d'immigrés en quête de son identité.

Riz Ahmed incarne un corps qui, atteint d’une maladie auto-immune, se défend contre lui-même, et une conscience qui se bat contre ses propres idées, alors que le rap est le moyen que Zed utilise pour (tenter) de se retrouver.

Un personnage et des questions complexes.

Le personnage représente la complexité des questions soulevées par ce récit dès le début du film, auxquelles peuvent s’identifier artistes et enfants issus de l’immigration.

Le réalisateur et le personnage de Zed traitent ces questions sous l'angle d'un artiste tiraillé entre sa passion, sa culture, sa religion, le besoin de s'intégrer et le besoin d'être soi-même, de se sentir accepté et entendu. Des questions qui ressortent dès le début du film à travers les textes de son rap et avant même l'apparition de sa maladie. Cette maladie lui provoquant des hallucinations et notamment celle d'un chaman répétant le chant "Toba Tek Singh", semble agir comme un catalyseur dans la tourmente identitaire du personnage. D'ailleurs, ce chant fait référence à une fiction écrite par Saadat Hasan Manto et raconte l'histoire d'un homme qui, au moment de choisir entre le Pakistan et l'Inde, préfère rester dans le « no man's land ».

Bien que seuls les connaisseurs de cette satire puissent faire le rapprochement avec l'histoire de Zed, l'utilisation de cette référence, et bien d'autres, montre le souci du détail dont fait preuve le réalisateur. C'est avec une approche presque poétique, une technique originale et légère mais une intensité certaine, que Bassam Tariq et Riz Ahmed nous exposent ce récit.

Myriam Maghnouji et Rabia Diallo

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Traverser (2020) de Joël Richmond Mathieu Akafou (France, Burkina Faso, Belgique)

Traverser (After the Crossing) est un premier film documentaire qui traite de l'immigration de manière assez originale puisqu'il se focalise sur la vue d'un immigré à son arrivée en Europe, et non pas pendant son voyage. Inza est ivoirien et vient d'arriver en Italie. Le film nous permet de suivre son parcours difficile, son attachement à sa mère et ses différentes conquêtes féminines.

Traverser est un film très touchant et sincère. La justesse du documentaire est liée à son affranchissement des codes traditionnels de la représentation de l'immigration. De plus, il est très intéressant de pouvoir observer une vision ivoirienne de la mère et de la femme, non déformée par une standardisation occidentale. On notera tout de même une fragilité en termes de rythme et de montage, excusable pour un premier film. C'est avec impatience que nous attendons le prochain film documentaire de Joël Richmond Mathieu Akafou, actuellement en développement.

Alexiane Jarin

Todos os mortos (2020) de Caetano Gotardo et Marco Dutra (Brésil, France)

Todos os mortos est un long-métrage de fiction qui était présenté à la Berlinale pour sa première mondiale. L'action se déroule au Brésil quelques années après l'abolition de l'esclavage. Au sein d'une famille sont traitées avec finesse les relations entre mère et filles et entre deux sœurs, ainsi que la gestion du problème psychologique d'une des sœurs. Le contexte politique dans lequel s'inscrit la diégèse soulève également les nombreuses tensions existantes entre les anciens esclaves et les autres brésiliens, leur méfiance mutuelle et la difficulté pour les enfants de couleur, pourtant nés libres, de se faire une place dans un pays en mutation.

Todos os mortos est un film émouvant, avec une très belle photographie. La mise en scène, quelque peu monotone, est contrebalancée par des instants de grâce, certes furtifs mais bien présents.

Alexiane Jarin

Mamá, Mamá, Mamá (2020) de Sol Berruezo Pichon-Rivière (Argentine)

Le premier film de la réalisatrice et autrice de 23 ans Sol Berruezo Pichon-Rivière a fait sa première mondiale en marge de la compétition officielle de la Berlinale.

Ce film d’origine Argentine raconte l’histoire de Cleo, jeune adolescente qui a vécu le décès de sa sœur, Erin, noyée dans la piscine de leur maison. Cet événement tragique laisse la mère traumatisée. La grand-mère de Cleo, sa tante et ses cousines s’installent alors avec elles dans la maison afin de leur apporter un soutien. Malgré une maison remplie, Cleo se sent seule. Entre ses souvenirs et la réalité, douloureuse et difficile à accepter, ce film raconte son quotidien après cet événement. On assiste à des moments de vie anodins : des jeux entre cousines, un anniversaire, les premières règles de Cleo… La relation entre Cleo et ses cousines subliment ainsi le quotidien par des scènes de vie, dans un contexte douloureux et de tristesse.

Le film a été tourné avec une équipe entièrement féminine, initiative de la nouvelle génération d’artiste qui donne de l’espoir sur la place de la femme dans le cinéma qui reste, malgré tout, un milieu très masculin.

Avis aux futurs spectateurs à Berlin : le live voice over est pratiqué pour certains films non anglophones à Berlin. Un peu perturbant quand on ne s’y attend pas, et il faut quelques minutes pour s’y habituer. Bon courage. On pourrait aussi se demander si cette pratique n’est pas une atteinte à l’intégrité de l’œuvre ?

Michael Kahn

 

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