Avant-première : « #Me too secoue (aussi) la France »

 

Le Mardi 25 Février 2020, les étudiants du D2A ont eu la chance d’assister à l’avant-première du documentaire « #Me Too secoue (aussi) la France » au Foyer Jacques-Chancel de France Télévisions, en présence de Delphine Ernotte Cunci, Présidence-directrice générale de France Télévisions, et Takis Candilis, Directeur général délégué aux antennes et aux programmes de France Télévisions.

Ce documentaire de 70 minutes, écrit par Annette Lévy-Willard (journaliste et romancière) et Anne Richard (également réalisatrice du documentaire), a été produit notamment avec la participation de France Télévisions et sera diffusé durant le mois d’Avril.

La question posée par ce documentaire est claire : et si cette vague Me Too venue d’Amérique avait touché la France, soulevant le couvercle de l’omerta ?

Dans la nuit du 14 au 15 octobre 2017, l’actrice Alyssa Milano poste un message sur Twitter suite aux révélations du New York Times et du New Yorker sur les accusations d’agressions, de viols et de violences commises par Harvey Weinstein : « Si vous avez été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle, écrivez ‘me too’ en réponse à ce tweet ». « Me Too » avait en réalité été créé en 2006 par Tarana Burke, qui avait lancé une campagne de soutien aux victimes d’agressions sexuelles dans les quartiers défavorisés.

Plus de soixante mille messages avaient fait suite à ce tweet dans les jours qui ont suivi : femmes célèbres ou anonymes se livraient sur les agressions sexuelles ou harcèlement qu’elles avaient subi au travail, dans leur enfance, leur famille, pendant leurs études ou encore dans l’espace public. Le phénomène prend une ampleur sans commune mesure, et s’étend au reste du monde avec #YoTambien en Espagne, ou encore #BalanceTonPorc en France, atteignant le chiffre vertigineux de trois millions de tweets en quelques mois. C’est un véritable mouvement féministe du XXIème siècle qui émerge.

Les avis des étudiants sont cependant mitigés sur le traitement de la question de l’impact de Me too sur la France.

Côté positif, ce documentaire a le mérite de sensibiliser le public vieillissant de France TV sur les sujets du féminisme, du harcèlement et des agressions sexuelles, en présentant notamment une contextualisation claire de l’arrivée du mouvement Me Too. Il dresse également un état des lieux assez fidèle des mentalités actuelles concernant ces sujets, en donnant la parole à des profils très variés aux avis divergents. En bref, il permet de vulgariser le phénomène Me Too via le média de la télévision, en le rendant plus accessible pour un public n’étant pas forcément en contact avec les réseaux sociaux et qui n’avait peut-être jamais entendu parler du mouvement.

Cependant, le documentaire présente également des aspects négatifs. En effet, si la réalisatrice donne la parole à tout le monde, elle la donne donc à des personnes qui ne devraient peut-être pas l’avoir si le but était de faire progresser les mentalités sur ces sujets, et qui vont à l’encontre du mouvement Me Too (l’ancien président d’Equidia par exemple, accusé par une journaliste de harcèlement sexuel, ou encore un retraité qui affirme que le rôle des femmes se résume à être en cuisine). En n’émettant aucun avis critique sur leurs remarques misogynes, le documentaire laisse penser à un cautionnement de ces discours qui ne sont plus acceptables aujourd’hui.

Il eut été opportun, plutôt que d’interviewer ces personnes, de donner davantage la parole aux françaises et aux français ayant relayé le mouvement en France. Il est regrettable par exemple que l’on ne trouve dans le documentaire qu’une simple rediffusion du passage d’Adèle Haenel sur le plateau de Médiapart, alors qu’elle a contribué à briser le silence sur le harcèlement et les agressions sexuelles dans le cinéma français en accusant le réalisateur Christophe Ruggia d’avoir commis de tels agissements à son encontre lorsqu’elle était adolescente. Il aurait également pu être fait mention de la chanteuse Angèle qui avait abordé le sujet dans son clip « Balance Ton Quoi », et avait largement contribué à la démocratisation de ce mouvement auprès des jeunes comme des adultes.

En résumé, même si l’on peut attendre d’un documentaire qu’il nous présente un sujet d’une façon objective, la cause du féminisme et de la lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles ne laisse pas place à la discussion car il est clair que la France a besoin d’avancer sur ces sujets ; mes camarades et moi attendions donc de ce documentaire qu’il pousse les téléspectateurs à réfléchir sur ces questions, et non pas qu’il conforte une certaine partie du public dans ses raisonnements misogynes en donnant la parole à des personnes dont le discours n’est plus acceptable.

Il faut cependant garder à l’esprit que ce documentaire est amené à être diffusé à la télévision, un média à l’audience relativement vieillissante et n’ayant pas l’habitude d’aborder ces thèmes, et amener cette génération à réfléchir sur ces sujets reste un pas en avant.

Jeanne Rignault