Les Matinales avec Alain Rocca, Président d'UniversCiné, mercredi 24 janvier 2018

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Rien ne prédestinait Alain Rocca, ingénieur hydraulicien de formation puis professeur de mathématiques, à devenir un acteur majeur de l’industrie audiovisuelle française. Pourtant, après une formation au Cours Florent, c’est en tant qu’acteur dans des films de Marcel Dassault qu’il met un pied dans le 7ème Art, qu’il ne quittera plus. Alain Rocca intègre parallèlement les équipes production puis régie de Gaumont International et fonde en 1985 la société de production Lazennec avec Adeline Lécallier, dans laquelle sont produits des chefs-d’oeuvre du patrimoine français comme “La Haine” de Mathieu Kassovitz ou encore “Omnibus” de Sam Karmann (qui obtient l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 1993).

De 1993 à 1996, il préside l’AFP (Association Française des Producteurs de Films ) et participe en 1996 à la fondation du SPI (Syndicat des Producteurs Indépendants). Cela démontre son engagement pour la réglementation du cinéma Français, qu’il souhaite aujourd’hui voir évoluer avec son temps.

Réel polymathe, Alain Rocca est directeur du département production de la Fémis de 1996 à 2009 et reconstruit la structure des Césars depuis plus de 15 ans, en tant que trésorier puis administrateur délégué, un réel outil pour marketer le cinéma Français selon lui.

Alain Rocca, à présent président d’Univers-Ciné, nous a fait part de sa vision du marché de l’offre payante des contenus audiovisuels : pay TV, TVoD (transaction video on demand) et SVoD (Subscription Video on Demand). En France, le marché du cinéma payant est brassé par la pay TV, de par les quotas de financement à la production et le positionnement éditorial des chaînes premium, comme Canal+ ou OCS. Cependant, aujourd’hui et sur une échelle mondiale, la pay TV laisse peu à peu place à la SVoD. Bien que cette dernière soit moins valorisante pour les ayant-droits, l’affirmation des usages en faveur de la SVoD fait à présent migrer la plus value vers l’aval de la chaine (distributeur) et moins sur l’amont (producteurs / éditeurs de pay TV). En effet, les producteurs de contenus (notamment de cinéma) voient à présent dans la SVoD une source non négligeable de ressources. Le coût d’acquisition d’un film pour un service SVoD a tendance à s’aligner sur celui d’une chaîne gratuite TNT (de l’ordre de 20 000€ pour un passage de 6 mois).

Cette plus value de la SVoD renforce les barrières à l’entrée pour les acteurs souhaitant se positionner sur ce marché. Pour fonder un catalogue de films correct, il faut investir en amont de la mise en ligne du service, et donc avant toute possibilité de recettes. Ces coûts sont beaucoup plus importants que ceux nécessaires pour lancer un service de TVoD pour lequel il n’y a presque aucun investissement en amont car la rémunération des ayant-droits est réalisée selon un pourcentage sur les achats, et non sur un forfait en amont.

Les coûts marketing nécessaires pour les plateformes SVoD sont également une barrière à l’entrée. Comme nous l’explique Alain Rocca, pour un service de SVoD, un film à succès n’est plus un film qui a généré beaucoup de visionnage mais un film qui a entraîné un nombre important de nouveaux abonnements. Le film devient produit d’appel à l’abonnement, c’est pourquoi le marketing est fondamental. Netflix n’a donc pas peur d’investir 850 000 € pour recouvrir les murs de la station Opéra à Paris pendant une semaine pour la campagne de sa série Glow.

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À cela, il faut ajouter les coûts de développement technique de la plateforme, fondamentaux eux aussi pour l’expérience utilisateur. En effet, le consommateur ne paie pas pour le contenu mais pour le service qui permet l’accès au contenu. Si l’expérience n’est pas parfaite, impossible de garder l’abonné.

Même sur un segment très particulier comme les films de patrimoine sur lequel s’est positionné Alain Rocca avec LaCinetek, une grosse concurrence est encore à l’oeuvre : celle des groupes de médias américains qui détiennent plus de 60% des droits sur les vieux films. Ces acteurs américains n’ont donc aucun intérêt à vendre les droits à UniversCiné sachant qu’ils prévoient de créer leur propre service de SVoD (pour exploiter ces vieux films) dont le coûts d’acquisition du catalogue serait ainsi très nettement diminué.

En France, les plateformes de SVoD sont aussi en concurrence avec la pay TV comme Canal+. Étant donné que Canal+ est l’un des rares acteurs à pré-financer les films, il est en mesure de bloquer les financements aux producteurs des films si ces producteurs décident de vendre les droits à UniversCiné. Canal+ a alors la priorité face à UniversCiné. Le rapport de force déséquilibré entre la pay TV et les producteurs rend ainsi encore plus difficile l’entrée et le développement de la SVoD.

Les usages avantagent la SVoD mais celle-ci est entravée par le manque d’incitations économiques. Cependant, avec la future réforme de la chronologie des médias, ces rapports de force risquent d’être bousculés et des incitations pourraient voir le jour. Si la nouvelle chronologie agence les fenêtres de diffusion en fonction de la participation à la production des films, comme il avait été évoqué, les acteurs de SVoD seront alors en mesure de concurrencer la pay TV qui était alors privilégiée.

Les étudiants des masters D2A et ECN remercient chaleureusement Alain Rocca pour le temps précieux qu’il nous a accordé, nous permettant d’enrichir nos réflexions sur les différents sujets abordés.

Capucine De Vion & Pierrick Chopin

Les Matinales avec Julien Neutres, Directeur de la création, des territoires et des publics du CNC, mardi 16 janvier 2018

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Le 16 janvier 2018, les étudiants des Masters D2A et ECN ont eu le plaisir de rencontrer Julien Neutres. Julien Neutres est directeur de la création, des territoires et des publics du CNC depuis 2 ans, au CNC depuis 4 ans, fonctionnaire depuis 6 ans. Il est titulaire d’un doctorat d’histoire de l’EHESS sur les images et leur rôle dans la construction de l’histoire, et s’est en particulier intéressé au cinéma italien, ce qui l’a amené à travailler à Rome. Parallèlement à ses recherches, il suit une formation à l’ESSEC et travaille chez Publicis Conseil, dans la publicité grand public. Peu à peu sa réflexion devient plus politique : elle l’est nécessairement en histoire, mais également dans la publicité, car une image de marque s’inscrit toujours dans un contexte donné.

C’est ainsi qu’il commence à préparer le concours de l’ENA et se destine à la fonction publique. Il est alors “chassé” par McDonald’s et devient directeur de cabinet du président en charge de l’Europe. Santé, environnement, emploi, urbanisme… L’entreprise entretient des relations continues avec les pouvoirs publics sur divers sujets. Il exerce quelques temps en tant que directeur de la communication de McDonald’s France. Il passe le concours par correspondance et intègre l’ENA, pour une formation de 2 ans. Il a alors l’occasion de se confronter à des situations concrètes, notamment lors d’un stage à l’ambassade de France à Rome. La sortie de l’ENA est, selon Julien Neutres, aussi difficile que l’entrée, car il y a 80 postes pour 80 diplômés dont les souhaits se recoupent. Il parvient à obtenir un poste à la direction du budget à Bercy, qu’il occupera 2 ans. La direction du budget contre-expertise les actions des autres ministères, et est donc au cœur de la décision d’Etat. Il se spécialise sur les questions relatives aux industries culturelles et à l’audiovisuel public notamment.

A cette époque, Frédérique Bredin est nommée présidente du CNC et cherche quelqu’un de compétent sur les questions budgétaires et relatives au numérique ; elle fait appel à lui. En 2014, Netflix se déploie en France et fait l’objet de nombreuses réflexions au niveau politique comme industriel. Face à cela, Julien Neutres souhaite renforcer l’offre numérique légale et valoriser l’offre française, qui est très éclatée. En effet, il s’est aperçu que lorsque l’on cherchait un film via un moteur de recherche, les résultats affichaient soit des sites proposant des offres illégales, soit des sites informatifs mais peu de sites permettant de visionner le film de manière légale. C’est pourquoi il négocie un accord avec des sites comme Allociné, pour introduire des liens vers les offres légales de vidéo à la demande (VàD). Il s’agit aussi d’un travail important de base de données, dont le besoin se fait sentir.

A force de rencontres avec les professionnels du secteur, Julien Neutres constate que le retard des pouvoirs publics dans la lutte contre le piratage donne lieu à un malentendu car l’Hadopi n’est plus très répressive alors que les attentes sont fortes, à la mesure du manque à gagner. Le CNC s’attaque donc à ceux qui facilitent l’activité des sites pirates. Ainsi, la publicité et les moyens de paiement sur ces sites sont interdits. Le CNC se porte également partie civile dans des attaques en justice à l’encontre de sites pirates, et cherche à aider les professionnels pour qu’ils se protègent du piratage.

Après avoir présenté son parcours, Julien Neutres en vient à ses responsabilités actuelles. Au CNC, il est en charge à la fois de la création, des territoires et des publics. La création recouvre l’accompagnement de l’amont, c’est-à-dire les nouveaux entrants et nouveaux talents, les premières œuvres (notamment les court-métrages), mais aussi le suivi d’écriture et l’accompagnement des formations spécialisées. Ce service gère entre autres le “fonds YouTube”. Pour ce qui est des territoires, le CNC aide les collectivités territoriales, les régions en particulier, à soutenir le cinéma et l’image animée : pour 2€ investis dans le secteur, le CNC ajoute 1€, selon certains critères. Le but est d’instaurer un cercle vertueux. Ces investissements représentent 130 millions d’euros par an. Enfin, les enjeux relatifs aux publics ont avant tout trait au renouvellement : il s’agit de cibler le jeune public, et de promouvoir le secteur en général. Cela passe par une politique d’éducation à l’image et de soutien aux festivals, tout en facilitant les nouvelles initiatives.

Le CNC connaît une grande révolution de son champ d’action tous les 30 ans. Depuis les années 2000, l’intégration des plateformes numériques est une priorité. Face aux distorsions de concurrence, certaines ne payant pas de taxes en France, la “taxe Netflix” a été votée par le Parlement européen. Les taxes sont maintenant payées dans les pays où les plateformes sont actives. De même, la “taxe YouTube” vise les plateformes de vidéo gratuites.

Au-delà des prélèvements obligatoires, le CNC cherche à comprendre les besoins des YouTubeurs. Créateurs indépendants, producteurs indépendants, studios structurés, associations, beaucoup d’entre eux ont participé à des rencontres interprofessionnelles pour échanger sur leurs activités et ce qu’elles impliquent comme besoins et problématiques. A l’issue de ces rencontres, le CNC a mis en place deux aides destinées aux YouTubeurs, qui ne font aucune distinction de genre ou de format : d’une part l’aide au projet / à la création (jusqu’à 30000€), et d’autre part l’aide à la chaîne / au programme, pour assurer une récurrence (jusqu’à 50000€, 2 fois maximum). Le budget alloué est de 2 millions d’euros, sur 6 à 8 millions investis par les pouvoirs publics dans ce secteur. La première commission a sélectionné 27 projets, pour une somme totale de 600000€ ; la deuxième commission est à venir. L’enjeu est d’organiser démocratiquement la sélection des projets, d’où le renouvellement régulier des membres des commissions. Cela permet de structurer le secteur, et de compléter la monétisation des vidéos ou le financement participatif. Le dossier se remplit en ligne et inclut un pitch vidéo de 3 minutes (équivalent d’une note d’intention) qui en est la pièce maîtresse. Julien Neutres souligne à ce titre l’importance d’avoir remis l’oralité au cœur du processus de sélection et à quel point ce pitch a permis au jury de mieux rentrer dans l’univers des YouTubeurs. Rétrospectives faites de cette première commission présidée par l’artiste plasticien JR, l’aide CNC Talent a permis au CNC de soutenir des projets au contenu plus diversifié que celle qui aurait été accordé par une aide plus classique. Pour exemples, l’aide à la création va pouvoir bénéficier tant au biopic sur la vie de Beethoven du YouTubeur Avner qu’au YouTubeur AlexFrenchGuyCooking qui revisite la gastronomie française. A retrouver sur la chaîne CNC / Talent !

Nous tenons à remercier chaleureusement Julien Neutres pour le temps qu’il nous a consacré lors de cette rencontre.

Irénée Benoit, Cindy Bocobza & Louise Burdet

Les Matinales avec Xavier Couture, Directeur Général Délégué en charge de la stratégie et des programmes de France Télévisions, vendredi 12 janvier 2018

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Ce vendredi 12 décembre 2017, l’EMNS au le plaisir de recevoir Xavier Couture, venu nous parler des enjeux de l’audiovisuel public et de la télévision linéaire aujourd’hui.

Monsieur Couture, qui quitte la maison France Télévisions le 31 janvier prochain, a débuté sa carrière avec le sport notamment en 1975 chez l’Equipe, puis a fondé le quotidien le Sport. Il a ensuite rejoint TF1, maison dans laquelle il a passé dix ans. Avant de passer un an chez France Télévisions, Monsieur Couture a passé la majeure partie de sa carrière dans le secteur privé : en 2002 il est nommé PDG et président du directoire de Canal +, en 2007 il entre chez Orange. C’est en 2016 qu’il commence à travailler aux côtés de Delphine Ernotte.

En pleine réforme de l’audiovisuel public, notre discussion est rapidement arrivée sur la question du statut de France Télévisions et des débats actuels. Sur ce sujet, “l’audience est le pire ennemi de la télévision aujourd’hui” nous explique-t-il. Ainsi, comprenons-nous que si France Télévisions doit atteindre un objectif d’audience, alors sa cible est celle des personnes d’une population vieillissante. En effet, selon Xavier Couture, il y a de nombreuses questions à aborder : le vieillissement important du public de la télévision linéaire, la fracturation des publics, la question du manque de ligne éditoriale de la part de l’audiovisuel public, l’avenir des chaines linéaires, l’essor du numérique, l’inspiration des modèles britanniques BBC ou italiens RAI par exemple. Deux axes de réflexion ont été avancées lors de cette rencontre, notamment s’agissant du projet de plateforme SVOD de France Télévisions : en premier, la question des rapports de moyens (face à OCS et un épisode de Big Little Lies à 8 millions contre un 90 minutes de France 2 à environ 1,5 millions d’euros) ; en second lieu, France Télévisions est un outil d’Etat et notre intervenant nous rappelle qu’il ne faut pas oublier que le contribuable paye pour la diffusion et ne doit pas forcément, pour des raisons politiques, payer à nouveau pour avoir accès à une telle plateforme.

Par ailleurs, avec les débats actuels sur le rôle du CSA, la question de la régulation est également apparue essentielle pour Monsieur Couture, “un homme à femmes féministes” selon ses mots. Il nous a expliqué qu’il faut effectivement mener des discussions sociologiques et des débats intelligents sur le sujet de la régulation. Il prend pour exemple les récents propos de Brigitte Lahaye qui ne devraient pas, selon lui, être autorisés sur la télévision en clair. Il invite à une réflexion sur le sujet, et notamment sur le contrôle sur Internet.

Les étudiants des masters D2A et ECN remercient chaleureusement Xavier Couture pour le temps précieux qu’il nous a accordé, nous permettant d’enrichir nos réflexions sur les différents sujets abordés.

Emma Laudinat & Pierrick Chopin

Les Matinales avec Ara Aprikian, Directeur des programmes du Groupe TF1, mercredi 10 janvier 2018

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Au lendemain de l'annonce officielle à la presse du changement de nom et d'habillage des chaînes NT1 et HD1, les promotions 2017 / 2018 des Masters 2 D2A et ECN Sorbonne ont eu l'honneur de recevoir Ara Aprikian, Directeur des programmes du Groupe TF1. L'occasion pour nous d'en apprendre davantage sur la stratégie du premier groupe audiovisuel privé français à l'aube de l'année 2018.

Après une brève présentation de ses études et de son parcours professionnel, Ara Aprikian a souhaité aborder l'évolution de la télévision car nous sommes passés « d'une offre réduite de programmes à une offre illimitée de programmes » dans l'univers du petit écran. « Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins » nous a t-il confié. Par cette expression, il faut entendre l'augmentation des chaînes gratuites disponibles en France et l'arrivée de nouveaux acteurs puissants de SVOD sur le marché international.

Même si la consommation de la télévision est globalement stable, le marché publicitaire ne croit plus depuis la crise économique de 2008. Cela conduit à une plus grande difficulté à monétiser les audiences et un appauvrissement dans la capacité d'investissement dans les contenus. Ce marché est tiré à la baisse par l’explosion de l'offre sur la TNT et par le digital qui attire de nombreuses sources publicitaires (essentiellement via YouTube et Facebook qui captent, à eux seuls, 80% de la croissance publicitaire).

Même si la consommation de la télévision se stabilise, on note une crise de son financement. Selon le Directeur des programmes du Groupe TF1, il faut « repenser le modèle d’approvisionnement de la télévision » quant à la production et à l’acquisition des meilleurs programmes. Il est nécessaire de construire une grille ou une palette de chaînes cohérentes pour « attirer un marché publicitaire permettant de financer les contenus et d'avoir une valeur distinctive par rapport à la concurrence ». Ce chantier est vaste, compliqué, et les acteurs n'ont pas tous les leviers nationaux nécessaires. En effet, pour constituer leur programmation, les chaînes françaises dépendent en grande partie des programmes étrangers. Même si les productions françaises repartent à la hausse, elles ont le plus grand mal à s'intégrer au marché international.

En parallèle, les plateformes internationales proposent directement des contenus aux foyers français sans passer par les cases règlementaires, les obligations ou les investissements. De facto, elles lancent une nouvelle concurrence aux diffuseurs tricolores. Ainsi, elles présentent le meilleur de l'offre américaine à un coût relativement bas.

Puis, Ara Aprikian est revenu sur la problématique du piratage et des contenus obtenus illégalement. Alors que les éditeurs américains protègent leur marché intérieur, source principale de revenus, ils sont beaucoup plus laxistes à l'étranger créant une forme de dépendance culturelle envers leurs productions. Ceci instaure une forme de domination économique contournant la politique des quotas qui, pourtant, « structure une culture, un environnement et un imaginaire ».

Quant aux enjeux de la télévision, Ara Aprikian nous a confié que, pour les opérateurs de services audiovisuels, « l'enjeu principal est de faire reconnaître la télé comme étant le principal lieu de création et de lien social sur un territoire ». Alors que les logiques communautaires ou algorithmiques numériques font concurrence à la consommation collective d'un même programme, la télévision doit lutter contre l'individualisation grandissante à travers une position de mass-média. Et ce, en adressant le même contenu à une population nationale qui a pourtant des goûts, des envies qui ne sont pas les mêmes. Elle doit réussir à fédérer à travers de grands événements rassembleurs créant un corps social. Selon le dirigeant de TF1, de nos jours, seule la télévision incarne cette fonction. Elle a donc toute sa place face à la logique individuelle renforcée par les usages technologiques.

La télévision se dirige (tout du moins si elle n'y est pas déjà) vers un dualisme laissant apparaître une confrontation de deux univers qui vont devenir plus ou moins antagonistes avec « une logique mass-média de la télévision challengée par une logique individuelle très forte de consommation des médias numériques algorithmiques ». Il y a donc une logique d’édition et une logique algorithmique.

Pour Ara Aprikian, « il y aura les médias éditoriaux et ceux algorithmiques ». Toute la question est de savoir lequel prendra le dessus sur l'autre ou s'ils coexisteront l'un avec l'autre... La plateformisation des médias audiovisuels permet une nouvelle fenêtre d'action pour les chaînes traditionnelles françaises afin de renforcer leur lien avec leur public et les plus jeunes.

Alors que la structure de l'offre médiatique de demain est une question essentielle déjà transformée par le numérique poussant à l’individualisme, Ara Aprikian nous a rappelé que les futurs enjeux des médias seront de « parler à un ensemble de population ou à des segments de population ».

Après ce tour d'horizon du positionnement de la télévision, le Directeur des flux à TF1 a pris le temps de répondre à nos nombreuses questions : succès des fictions de France 3, arrivée de Yann Barthès sur TMC, créations originales et investissements de la chaîne TF1 Séries Films, arrivée possible d'un magazine incarné par un journaliste après le journal de 20h en semaine, définition de la cible commerciale de TMC, place des programmes culturels sur les antennes du Groupe TF1, surexposition de Cyril Hanouna sur C8 à l'inverse de Yann Barthès sur TMC, l'avenir, les audiences et les missions de l'audiovisuel public, le développement des séries françaises et du narratif, la programmation de Quotidien, l'avenir du flux sur TF1, la diffusion éventuelle des JO de 2024 et du sport en général sur les antennes du Groupe, la diffusion multi-supports des programmes, les collaborations entre TF1 et certains YouTubeurs, le développement interne artistique des programmes de flux...

C'est avec passion et précision que nos questions ont trouvé réponse.

Nous remercions chaleureusement Ara Aprikian d'avoir évoqué sa vision de l'audiovisuel et partagé de nombreuses ondes positives avec les Masters D2A et ECN.

Florent Chabanel

 

Les Matinales avec Wale Gbadamosi Oyekanmi, Fondateur de Dare.Win Paris, mercredi 13 décembre 2017

 

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Étudiant de l’université Paris Dauphine, Wale Gbadamosi Oyekanmi se destinait à tout sauf travailler dans les industries culturelles. Ayant un intérêt pour les mathématiques, il débute sa formation universitaire dans ce domaine. En parallèle, il intègre Channel 9 (chaine de TV universitaire dauphinoise), où il y découvre la vidéo au sein d’une atmosphère entrepreneuriale, qui le poussera à remettre en question son parcours. Piqué par le virus du contenu, il décide alors de s’orienter dans l’univers des médias. Il intègre alors l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne en management des médias (aujourd’hui Master 2 Droit, Economie et gestion de l’Audiovisuel).

En parallèle, il réalise différents stages au sein de TF6, Endemol et rejoint la société de production Coyote Conseil. Décidé à réaliser un voyage autour du monde, Wale Gbadamosi Oyekanmi se décide à parcourir le monde, accompagné de son appareil photo et de sa bonne humeur. À son retour, il continue la création de programme, en produisant notamment une web-série sur le milieu du street art berlinois pour Canalplus.fr. Fermement décidé à acquérir davantage de compétences en digital, il se forme au sein de l’agence de publicité indépendante Buzzman, en tant que community manager et chargé des relations presse. Après une demande qu’il lui avait faite et pour laquelle aucune réponse professionnelle n’était présente, il décide de quitter ses fonctions au sein de Buzzman pour créer, en novembre 2011, sa propre agence de communication digitale : Dare.Win.

C’est avec un simple ordinateur d’étudiant et une planche à repasser en guise de bureau que Wale Gbadamosi Oyekanmi crée sa propre agence de communication digitale. C’est avec la série « Bref » que l’aventure commence. Wale découvre ce programme et veut travailler la communication autour de ce contenu. Il note quelques idées et va les présenter chez Canal +. Il est rapidement mis en contact avec les producteurs de la série qui trouvent ses idées géniales. A la suite de cette rencontre, il a trois semaines pour, créer sa boîte, trouver des collaborateurs et mettre en place sa campagne de publicité. Comme toujours Wale ne recule devant rien. Sa détermination et sa capacité de réflexion font sa force et il relève encore une fois ce défi. La campagne est un succès. Dare.Win est lancé. La société petit à petit se développe et commence à travailler avec les plus grands : Netflix (et la campagne Narcos), Spotify, Red bull. Aujourd’hui Dare.Win est une société de 47 salariés, des bureaux ont été ouverts à Berlin et prochainement aux Etats-Unis.

Dare.Win est une agence de communication spécialisée dans “l’entertainment” qui fait beaucoup parler d’elle, campagne après campagne. Alors qu’est-ce qui la différencie des agences plus traditionnelles ?

La grande démarcation de Dare.Win est qu’elle se focalise sur la création de contenus. En effet, que ce soit pour Babybel, l’UNESCO ou encore Netflix, Wale et son équipe cherchent à proposer du divertissement à travers leurs campagnes de promotion. Dare.win crée ainsi une expérience consommateur dès la phase de communication, qui devient aussi essentielle que le produit lui-même. Récemment, Arte a fait appel à Dare.win pour le lancement de “Transferts“, leur nouvelle série d’anticipation qui aborde subtilement les thèmes de l’identité, de l’immortalité et des dérives de la science. Afin de plonger les futurs spectateurs dans l’univers de la série, Dare.Win a développé un ”Chatbot” sur Facebook pour créer une expérience originale à la rencontre des personnages. A travers une expérience en immersion dans la peau du héro, l’utilisateur navigue sur différentes conversations messenger et devra faire les meilleurs choix pour gagner un accès exclusif au premier épisode de “Transfert”. Cette campagne, de novembre 2017, illustre bien la philosophie que développe Wale dans son agence : créer du contenu à partir de celui que propose son client pour engendrer une gamification interactive avec les publics.

C’est grâce à cette approche que Dare.Win s’est démarquée par son impact sur les différents réseaux sociaux, remportant ainsi de nombreux prix et récompenses internationaux. Maintenant, pour devenir l’une des meilleures agences du monde, Dare.Win se doit d’avoir un pied aux Etats-Unis. Après avoir installé des bureaux à Berlin, l’objectif est de s’y implanter d’ici 12 à 18 mois, tout en maintenant Paris comme la place forte de l’agence.

Nous tenons à remercier chaleureusement Wale Gbadamosi Oyekanmi pour le temps qu’il nous a consacré lors de cette rencontre inspirante.

Clara Mary & Thomas Gillot & Mehdi Marguillier

 

Les Matinales avec Emmanuel Durand, Directeur général de Snapchat France, mercredi 29 novembre 2017

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« La révolution numérique va-t-elle avoir raison des industries culturelles ? » pose Emmanuel Durand dans son essai La Menace Fantôme, publié en 2014. Cette problématique, il n’aura de cesse de la rencontrer au cours de sa carrière dans les industries de contenu. D’abord au sein de l’industrie du disque, puis dans le milieu du cinéma, Emmanuel Durand aura accompagné la difficile transition de ces secteurs vers le numérique.

Diplômé de l’Université d’Assas en Gestion, Emmanuel Durand démarre sa carrière professionnelle au sein du groupe M6. Deux ans plus tard, il quitte le secteur des médias pour celui de la musique à une période encore prospère. D’abord embauché par Universal Music en tant que Directeur de la Publicité, il rejoint ensuite Sony Music au poste de Directeur Marketing. Au début des années 2000, l’essor des nouvelles technologies frappe de plein fouet l’industrie du disque qui entre alors en crise. M. Durand évoque une transition inattendue pour l’ensemble du secteur qui commence aujourd’hui à se relever : le manque de visibilité sur le développement de l’internet ne laissait pas présager l’apparition et la généralisation de nouveaux modes de consommation.

Emmanuel Durand est par la suite amené à diriger la filiale suisse de l’Oréal. Appelé par Warner Bros, il ferme la parenthèse de l’industrie cosmétique pour retrouver le secteur culturel. Nommé senior vice-president, marketing, data & innovation, Emmanuel Durand a pu structurer les différentes équipes du marketing de la Warner pour accompagner le géant de l’entertainment dans la révolution numérique. Avec la volonté affichée de transformer l’état d’esprit présent au sein du groupe, il a initié et mis en oeuvre une approche marketing innovante basée sur la data et ce, notamment, à travers le programme de fidélité “My Warner”.

Après sept années passées à la Warner, Emmanuel Durand a ensuite été nommé à la tête du bureau français de Snapchat, à Paris. Ce dernier est notamment revenu sur la création des lunettes “Snapchat Spectacles”, innovation permettant aux utilisateurs d’objets connectés de supprimer les écrans entre interlocuteurs en vue de créer plus d'interaction, notamment lors des concerts. Emmanuel Durand a également mise en avant les futures innovations proposées par l’application gratuite de partage de photos et de vidéos (fil d’actualité, localisation).

Les étudiants des masters D2A et ECN remercient Emmanuel Durand du temps qu’il leur a consacré pour enrichir leurs réflexions sur les enjeux du numérique, de sa bienveillance et de sa pédagogie.

Victoria Vaz & Thomas Gillot

Les Matinales avec Laurence Clerc, Productrice chez Alcatraz Films, mercredi 15 novembre 2017

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Les étudiants des masters D2A et ECN ont eu la chance de rencontrer Laurence Clerc, productrice de films depuis une vingtaine d’années, actuellement chez Alcatraz Films.

Laurence Clerc ne se destinait pas à travailler dans l’industrie cinématographique : elle suit des études de droit public et est diplômée de Sciences Po Paris et de l’Université de Columbia. Elle s’imagine dans le financement de projets, dans l’architecture ou les travaux publics par exemple, en vue de créer des choses à partir de rien. Mais en postulant chez Canal+, elle se voit embarquée dans la création de la société de production Fidélité Films aux côtés d’Olivier Granier et de Dominique Farrugia. Pour elle, la force du premier est son sens aigu des affaires, tandis que le second est un dénicheur de talents hors pair. Fidélité produit notamment le premier film de Michel Hazanavicius et offre à des acteurs comme Kad Merad, Manu Payet ou Bérénice Béjo leurs premiers rôles.

Malgré des années très riches au sein de cette société, qui croît rapidement, Laurence Clerc souhaite désormais mener à bien ses propres projets artistiques. C’est pourquoi elle crée en 2011 avec Olivier Thery Lapiney la société Alcatraz Films, qui démarre avec La Vie d’Adèle, Chapitres 1 et 2. Lui s’occupe plutôt des aspects artistiques, elle des problématiques financières et contractuelles. Tous deux collaborent avec différents réalisateurs, l’auteur “locomotive” étant Claire Denis ; ils s’efforcent de faire du sur-mesure à chaque projet.

Laurence Clerc confie qu’il est frustrant pour un producteur de ne pas pouvoir être à l’initiative d’un projet cinématographique. Pour elle, la Nouvelle Vague a mis l’auteur-réalisateur sur un piédestal, d’où une certaine surprotection du droit d’auteur. En effet, le droit d’auteur est plus favorable au réalisateur et très centré autour de sa personne, et les producteurs, eux, ne peuvent que très difficilement être reconnus comme coauteurs des films. Rares sont les producteurs associés à une idée originale en France, à l’exception de quelques figures telles que Claude Berri. Chez Alcatraz, le développement d’un projet avec la Chine est actuellement l’occasion d’échapper à ce cadre réglementaire et d’expérimenter le développement d’un projet d’initiative producteur.

Aux États-Unis, le rôle du producteur au regard du droit d’auteur fait qu’il est beaucoup plus facile de développer des projets d’initiative producteur. En effet, le producteur est considéré comme le seul auteur au regard de la loi. Ainsi, dans des sociétés telles que Disney ou Pixar (rachetée par Disney en 2006), l’initiative des projets vient toujours du producteur. Ed Catmull, président de Walt Disney Animation Studios, affirme que pour Frozen, “l’organisation marketing s’est complètement alignée sur le projet au niveau mondial, en s’appuyant sur les précédents succès”. Pour Laurence Clerc, on va s’éloigner de l’économie patrimoniale, où on cède les droits d’exploitation, pour aller vers une intégration progressive de la filière. Création et marketing seront-ils bientôt autant liés en France qu’aux Etats-Unis ?

Nous remercions Laurence Clerc de son déplacement au sein de l'EMNS et pour toutes ces discussions sur son métier.

Solène Caron, Juliette Le Ruyet, Irénée Benoit

 

Les Matinales avec Frank Lanoux, Directeur Général Adjoint chargé du marketing chez SFR Média, mercredi 09 novembre 2017

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Les élèves des masters D2A et ECN ont eu le plaisir de recevoir Frank Lanoux pour discuter de son parcours radio, des évolutions du secteurs, mais également de la stratégie du groupe SFR média dont il est, aujourd’hui, le directeur général adjoint en charge du marketing.

Frank Lanoux est un fan inconditionnel de radio. Si c’est d'Europe 1 dont il rêvait étant enfant, son entrée dans le monde de la radio se fait une fois son service militaire terminé. On est alors au début des années 80, l’offre audiovisuelle française est en pleine libéralisation et le secteur connaît une forte expansion. Frank Lanoux débute son parcours grâce à un stage chez RTL, il passe ensuite chez NRJ où il pilote le déploiement de plusieurs dizaines d’antennes locales de la radio. Il entre ensuite au service du groupe Lagardère, notamment pour une mission de développement des médias du groupe dans les pays de l’Est, ce marché s’étant ouvert très récemment à la suite de la chute du mur en 1989. Frank lanoux arrive en 2000 chez RMC à la suite de la vente de la radio à un fond d’investissements. RMC est alors une radio généraliste en perte de vitesse et, si sa notoriété est grande, elle reste néanmoins cantonnée à une image de “radio des vacances”. Frank Lanoux prend donc part à la mutation profonde de cette radio impulsée par son PDG Alain Weil. Le  choix est fait de faire de la fréquence le porte étendard d’un genre aussi populaire aux Etats-Unis qu’inexistant en France à cette époque : Le “Talk”. Un format sans musique, centré sur le débat et l’actualité, qu’elle soit généraliste ou sportive. Ce choix est risqué, son succès repose essentiellement sur la capacité de la radio à trouver des intervenants pertinents qui conviennent au genre du “talk”. D’après Frank, ces personnalités doivent être des leaders d’opinions dont les convictions sont le reflet de leur propre expérience. Cette orientation thématique est un succès, la radio rencontre une audience croissante.

C’est à compter du développement de la TNT en 2004 que Frank Lanoux élargit ses horizons et commence à s’intéresser à la télévision. Aussi, le groupe NextradioTV, propriétaire de RMC, inaugure le 14 décembre 2014 sa propre chaîne télé d’information en continu, BFM TV, dont la candidature sera ensuite retenue en novembre 2005 pour être diffusée sur la TNT.

Une fois encore, s’inspirant des modèles outre-atlantiques et notamment de la formule proposée par la célèbre chaîne américaine CNN, le groupe choisit de se démarquer de ses concurrents LCI et iTélé en renforçant le caractère continu de l’information qui y est traitée, afin de permettre au téléspectateur de se greffer, à tout moment de la journée, au journal télévisé retransmis en boucle sur la chaîne. Cette stratégie permettra ainsi à BFM de distancer considérablement ses deux principaux concurrents dans leur course à l’audience.

À l’approche du premier anniversaire de la prise de fonctions de Frank Lanoux au sein du groupe SFR Média, qui sera bientôt rebaptisé Altice Média, la question s’est posée de l’importance du rapprochement qui s’est opéré il y a deux ans entre Nextradio TV et le célèbre groupe de télécommunications, à l’instar d’opérations similaires effectuées par plusieurs groupes de médias qui continuent d’augmenter leur offre en acquérant de nouveaux acteurs. Petit groupe jusque-là indépendant, Nextradio TV a, en effet, ressenti le besoin, dans un marché pour le moins concurrentiel, de rechercher un partenaire de choix en vue de s’adapter à la consommation de demain. Or, le groupe SFR média, racheté un an auparavant par Patrick Drahi, souhaitait alors miser davantage sur la production de contenus audiovisuels et partageait donc cette même vision de convergence. A cet égard, le groupe Nextradio TV a semblé réunir les conditions idoines recherchées par SFR, notamment en matière de sport et d’information en continu, afin de développer et renforcer l’offre du groupe quant aux contenus proposés. Cette opération a ainsi rendu possible, ces deux dernières années, la création de nombreuses chaînes TV comme BFM sport, BFM Paris, Altice Studio, SFR Sport 1/2/3/4/5 et MyCuisine TV.

Un tel rapprochement stratégique apparaît donc essentiel et particulièrement bénéfique dans la mesure où il a permis aux deux entités d’accéder à de nouvelles perspectives quant au développement de leurs contenus audiovisuels.

Merci à M. Lanoux d’avoir accepté de venir nous présenter sa carrière et nous livrer 
son regard sur le succès économique et l’évolution stratégique de son groupe.

Pierre Risoli & Téophile Parat

Les Matinales avec Thomas Thévenin, directeur marketing chez e-cinema.com, mercredi 08 novembre 2017

ECINEMA

 

C’est avec une grande franchise et un engagement avoué pour le cinéma d’auteur que Thomas Thévenin est venu nous parler de son parcours et du projet e-cinema.com qu’il représente en tant que directeur marketing.

Thomas Thévenin débute sa carrière dans l’agence de conseil en marketing Master Partenariat, dans laquelle il est en charge de la promotion de marques dans l’industrie cinématographique. Par la suite, il conserve ce poste dans l’agence Mercredi avant de rejoindre le groupe TF1. Sa passion pour le cinéma le conduit à intégrer le groupe Pathé. De responsable des nouveaux médias, il devient ensuite directeur marketing de ce département, avant d’ajouter la double casquette de directeur marketing vidéo. Très curieux et intéressé avant tout par le digital et les nouvelles technologies, Thomas Thévenin anticipe les défis que connait actuellement l’industrie cinématographique et tente d’orienter la stratégie du groupe vers un cinéma novateur, considérant les nouvelles formes de consommation qui se développent. C’est dans cette logique et grâce à son expertise en marketing digital qu’il rejoint l’équipe de e-cinema.com cette année.

La start-up e-cinema.com rassemble Frédérich Houzelle (Atlantis Télévision), Roland Coutas (Travelprice) et Bruno Barde (Festival de Deauville) et verra le jour le 1er décembre prochain. Imaginée comme la première salle de cinéma digitale, elle a l’ambition de rendre accessible, depuis tous types d’appareils, un catalogue de films d’auteur - pour la plupart étrangers - peu connus et de l’agrandir chaque vendredi. Dans la veine de plusieurs plateformes de vidéo à la demande par abonnement, e-cinema.com crée une rupture avec la chronologie des médias actuellement en place en France. La start-up souhaite, grâce à cette approche singulière, amorcer un changement d’opinion puis de stratégie dans la distribution du cinéma dans le pays. Le spectateur peut payer à l’unité un ticket virtuel de cinéma pour voir un film pendant les douze semaines suivant sa sortie sur la plateforme pour 3,99€. Il peut également payer un abonnement mensuel à 5,99€ pour avoir accès à la totalité du catalogue.

La création de la plateforme est motivée par l’évolution des modes de consommation. Avec la démocratisation du digital dans les foyers, le public a développé un appétit pour les contenus délinéarisés disponibles à tout moment sur internet. Le spectateur se sédentarise et limite ses sorties au cinéma, de ce fait il utilise des moyens légaux et illégaux pour voir des films depuis son ordinateur. E-cinema.com part du constat simple qu’il faut réinventer la distribution cinématographique pour la rendre plus moderne. En effet la salle de cinéma connaît un vieillissement de son public ainsi qu’un encombrement des films toutes les semaines. De manière générale, uniquement les films à gros budget restent plusieurs semaines à l’affiche, ce qui défavorise la diversité culturelle. La plateforme e-cinema.com propose de pallier à ce manque culturel en mettant à l’honneur des films d’auteur étrangers rarement exploités en salle. C’est une chance pour le producteur, qui est assuré de voir son film disponible sur une longue période. Selon Thomas Thévenin, ce type de pratique n’est pas une menace pour les exploitants car une sortie au cinéma reste un moment de convivialité et de collectivité irremplaçables. L’expérience que l’on peut avoir dans une salle de cinéma reste inégalée par l’écran d’ordinateur. La plateforme souhaite davantage capter un public déjà habitué au cinéma sur internet.

En sortant du schéma classique de l’exploitation en salle, la plateforme e-cinema.com se détache également de la chronologie des médias. Dans sa présentation, l’invité revient sur le bien-fondé de cette règle lors de sa mise en place dans l’industrie cinématographique en France. Il la compare à un cercle vertueux qui permet d’irriguer la totalité du monde du cinéma. La chronologie des médias en 2017 semble datée. Elle ne conçoit pas la possibilité d’exploiter un film sur internet directement après sa sortie en salle. On ne peut plus ignorer que c’est entre les mains des plateformes digitales que la vie d’un film se fait majoritairement aujourd’hui. Face à la concurrence forte de plateformes comme Netflix et Amazon, e-cinema.com se pose comme un complément pour les plus cinéphiles. Il n’est pas exclu qu’un film qui a du succès sur la plateforme soit diffusé à la télévision ou exploité en dvd. E-cinema.com envisage également à plus long terme de participer à la création de contenus originaux en fonction de la rentabilité de la plateforme.

Une autre thématique forte abordée pendant l’échange a été l’exploitation de données. Dans le secteur de la culture, les données personnelles récupérées en ligne ont pour but premier d’améliorer le produit ou le service proposé aux usagers. Un exemple parlant est celui des algorithmes de préférence de Netflix. Outre les aspects positifs qui en ressortent pour le distributeur et pour le consommateur, la question de la protection de la vie privée des individus est omnisciente alors que les transactions actuelles considèrent les données personnelles comme un produit du marché. La charte d’Allociné, stipule par exemple que les utilisateurs souhaitant accéder aux services de la plateforme doivent renseigner des données, qui sont ensuite collectées par l’entreprise et utilisées pour améliorer ses propres services ou transmises à des partenaires commerciaux. Or, dans une logique d’évolution qui porte le digital de plus en plus intensément, il est nécessaire de trouver des modèles pérennes, respectant à la fois la vie privée et permettant la création et la croissance d’entreprises novatrices. Le règlement européen qui entrera en vigueur en mai 2018 devrait apporter quelques réponses à ce sujet.

Nous remercions chaleureusement Thomas Thévenin pour ces discussions et son déplacement au sein de notre école.

Ophélie Schlumberger & Solène Jehl

Les Matinales avec Gilles Freissinier, Directeur du développement numérique chez Arte France, mercredi 25 octobre 2017

 

GILLES FREISSINIER

 

Les élèves réunis des masters D2A et ECN ont eu le plaisir de rencontrer Gilles Freissinier, directeur du développement numérique chez Arte depuis 2013. 

Ancien élève du master D2A, Gilles Freissinier a commencé sa carrière chez Canal + en études, avant de se diriger vers le département numérique dont il a orchestré le développement. 

Il a notamment mis en place le site internet de la chaîne, en l’alimentant de contenus innovants crées spécifiquement pour ce mode de diffusion. Fort de son expertise développée chez Canal +, il prend la tête du développement numérique d’Arte en 2013. 

Lors de notre rencontre, Gilles Freissinier nous a sensibilisé aux enjeux liés aux nouvelles technologies dans la production audiovisuelle et des formidables opportunités que ces dernières ouvrent à un média européen tel qu’Arte. Le numérique permet selon lui de réaliser la vocation multiculturelle d’Arte et de diversifier sa ligne éditoriale. Les programmes sont en effet visibles au-delà des frontières franco-allemandes et commencent à être traduits dans différentes langues, ayant toujours en ligne de mire l’enrichissement et le rapprochement des peuples par la culture. 

Gilles Freissinier nous a rappelé le caractère innovant de la chaîne, à l’avant-garde du numérique en se concentrant sur la découverte de nouveaux talents, permettant à des auteurs et producteurs de proposer des programmes pensés pour le numérique. L’enjeu du numérique se trouve selon lui dans l’adaptation de l’écriture et de la production à ces nouveaux modes de diffusion (TV, web ou smartphones).

La chaîne innove donc à la fois sur les contenus, mais également sur les modes de diffusion qu’elle propose. Elle a toujours cherché à les élargir, et est ainsi la première chaîne à lancer sa plateforme de replay et sa chaîne Youtube, notamment avec le développement de plusieurs programmes, dont la série “Eté”, premier programme à être uniquement diffusé sur le réseau social d’images Instagram. 

Giles Freissinier nous a enfin sensibilisé aux enjeux du développement de la réalité virtuelle dont le potentiel est énorme bien qu’elle soit encore anecdotique à ce jour dans le paysage audiovisuel. 

Les étudiants des masters D2A et ECN remercient Gilles Freissinier du temps qu’il leur a consacré pour enrichir leur réflexion sur les enjeux du numérique, de sa bienveillance et de sa pédagogie.