Avant-première : « #Me too secoue (aussi) la France »

 

Le Mardi 25 Février 2020, les étudiants du D2A ont eu la chance d’assister à l’avant-première du documentaire « #Me Too secoue (aussi) la France » au Foyer Jacques-Chancel de France Télévisions, en présence de Delphine Ernotte Cunci, Présidence-directrice générale de France Télévisions, et Takis Candilis, Directeur général délégué aux antennes et aux programmes de France Télévisions.

Ce documentaire de 70 minutes, écrit par Annette Lévy-Willard (journaliste et romancière) et Anne Richard (également réalisatrice du documentaire), a été produit notamment avec la participation de France Télévisions et sera diffusé durant le mois d’Avril.

La question posée par ce documentaire est claire : et si cette vague Me Too venue d’Amérique avait touché la France, soulevant le couvercle de l’omerta ?

Dans la nuit du 14 au 15 octobre 2017, l’actrice Alyssa Milano poste un message sur Twitter suite aux révélations du New York Times et du New Yorker sur les accusations d’agressions, de viols et de violences commises par Harvey Weinstein : « Si vous avez été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle, écrivez ‘me too’ en réponse à ce tweet ». « Me Too » avait en réalité été créé en 2006 par Tarana Burke, qui avait lancé une campagne de soutien aux victimes d’agressions sexuelles dans les quartiers défavorisés.

Plus de soixante mille messages avaient fait suite à ce tweet dans les jours qui ont suivi : femmes célèbres ou anonymes se livraient sur les agressions sexuelles ou harcèlement qu’elles avaient subi au travail, dans leur enfance, leur famille, pendant leurs études ou encore dans l’espace public. Le phénomène prend une ampleur sans commune mesure, et s’étend au reste du monde avec #YoTambien en Espagne, ou encore #BalanceTonPorc en France, atteignant le chiffre vertigineux de trois millions de tweets en quelques mois. C’est un véritable mouvement féministe du XXIème siècle qui émerge.

Les avis des étudiants sont cependant mitigés sur le traitement de la question de l’impact de Me too sur la France.

Côté positif, ce documentaire a le mérite de sensibiliser le public vieillissant de France TV sur les sujets du féminisme, du harcèlement et des agressions sexuelles, en présentant notamment une contextualisation claire de l’arrivée du mouvement Me Too. Il dresse également un état des lieux assez fidèle des mentalités actuelles concernant ces sujets, en donnant la parole à des profils très variés aux avis divergents. En bref, il permet de vulgariser le phénomène Me Too via le média de la télévision, en le rendant plus accessible pour un public n’étant pas forcément en contact avec les réseaux sociaux et qui n’avait peut-être jamais entendu parler du mouvement.

Cependant, le documentaire présente également des aspects négatifs. En effet, si la réalisatrice donne la parole à tout le monde, elle la donne donc à des personnes qui ne devraient peut-être pas l’avoir si le but était de faire progresser les mentalités sur ces sujets, et qui vont à l’encontre du mouvement Me Too (l’ancien président d’Equidia par exemple, accusé par une journaliste de harcèlement sexuel, ou encore un retraité qui affirme que le rôle des femmes se résume à être en cuisine). En n’émettant aucun avis critique sur leurs remarques misogynes, le documentaire laisse penser à un cautionnement de ces discours qui ne sont plus acceptables aujourd’hui.

Il eut été opportun, plutôt que d’interviewer ces personnes, de donner davantage la parole aux françaises et aux français ayant relayé le mouvement en France. Il est regrettable par exemple que l’on ne trouve dans le documentaire qu’une simple rediffusion du passage d’Adèle Haenel sur le plateau de Médiapart, alors qu’elle a contribué à briser le silence sur le harcèlement et les agressions sexuelles dans le cinéma français en accusant le réalisateur Christophe Ruggia d’avoir commis de tels agissements à son encontre lorsqu’elle était adolescente. Il aurait également pu être fait mention de la chanteuse Angèle qui avait abordé le sujet dans son clip « Balance Ton Quoi », et avait largement contribué à la démocratisation de ce mouvement auprès des jeunes comme des adultes.

En résumé, même si l’on peut attendre d’un documentaire qu’il nous présente un sujet d’une façon objective, la cause du féminisme et de la lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles ne laisse pas place à la discussion car il est clair que la France a besoin d’avancer sur ces sujets ; mes camarades et moi attendions donc de ce documentaire qu’il pousse les téléspectateurs à réfléchir sur ces questions, et non pas qu’il conforte une certaine partie du public dans ses raisonnements misogynes en donnant la parole à des personnes dont le discours n’est plus acceptable.

Il faut cependant garder à l’esprit que ce documentaire est amené à être diffusé à la télévision, un média à l’audience relativement vieillissante et n’ayant pas l’habitude d’aborder ces thèmes, et amener cette génération à réfléchir sur ces sujets reste un pas en avant.

Jeanne Rignault

 

Berlinale 2020

 

Du 20 au 24 Février 2020, les étudiants du D2A ont eu la chance de s’envoler pour la 70ème édition de la Berlinale, le célèbre Festival International du Film de Berlin.

Durant leur séjour, les étudiants ont pris le temps de visiter la ville ; ils ont parcouru des lieux emblématiques de Berlin (Reichtag, Mur de Berlin, Galerie Berlinoise, Musée de Pergame), et ont exploré les quartiers très arty que sont Kreuzberg et Neukölln.

Ils ont également assisté à plusieurs projections de films en compétition dans le cadre du festival, organisées aux quatre coins de la ville dans des théâtres plus somptueux et gigantesques les uns que les autres.

Les étudiants de la formation continue (parcours stratégie et management), grâce à leurs accréditations, ont pu accéder au Marché du Festival et ainsi rencontrer différents vendeurs internationaux.

Merci à Marine Croce-Maisonneuve, la responsable administrative du Master D2A, et à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne pour l’organisation de ce séjour !

Jeanne Rignault

 

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Malmkrog (2020) de Cristi Puiu (Roumanie, Serbie, Suisse, Suède, Bosnie Herzégovine, Macédoine du Nord)

 

Nikolai est un grand propriétaire terrien, un homme du monde, qui va recevoir dans son manoir quelques amis. Parmi ces invités, un homme politique, une jeune comtesse, et une générale russe. Le temps passe au manoir avec des repas copieux, des jeux de société et s'engagent tout au long de la journée des discussions sur la mort et l’Antéchrist, le progrès et la morale. Cette fresque philosophique et théâtrale mène les personnages vers leurs propres angoisses au point de rendre la conversation et les sujets abordés de plus en plus conflictuels. 

Ce film de Cristi Puiu est une remarquable adaptation du roman Trois Entretiens sur la Guerre, la Morale et la Religion de Vladimir Soloviev, auteur russe de la fin du XIXe siècle. Cette adaptation est assez fidèle, puisque les personnages sont en costume d’époque et parlent français entre eux, comme il se faisait dans la haute bourgeoisie russe. La mise en scène, proche de celle du théâtre, offre une temporalité sur une journée dans un lieu unique, un hommage aux règles classiques d’unité de temps et de lieu. 

Malmkrog a été qualifié dans la nouvelle catégorie Encounters du festival de Berlin, qui se fonde sur deux critères essentiels : le courage, et la recherche d’un nouveau langage cinématographique. Cristi Puiu a reçu le prix de meilleur réalisateur dans cette catégorie, une récompense qui met en avant l’intégralité de sa carrière.

Un hommage que l’on peut étendre à ces autres films, La mort de Dante Lazarescu, Aurora ou encore Sieranevada. Une filmographie qui s’inscrit dans une recherche plus globale sur la morale et les enjeux philosophiques qui y sont associés. Le réalisateur se dit lui-même grandement inspiré des contes moraux d’Eric Rohmer. 

Dans les salles en juillet 2020, nous souhaitons une sortie retentissante à ce film pour un cinéma curieux et exigeant qui pousse à une réflexion sur des questions encore actuelles comme la morale, la religion mais aussi l’Europe. 

Lorette Choné

The Twentieth Century (2019) de Matthew Rankin (Canada)

 

Le jeune William Lyon Mackenzie King arrivera-t-il à devenir Premier Ministre du Canada malgré son addiction handicapante pour les chaussures féminines ? Gagnera-t-il la compétition (et non l’élection) qui mène au poste suprême, consistant entre autres à un concours de découpages de rubans officiels ou de reconnaissance de bois canadien à leur odeur ?

The Twentieth Century est un thriller politique inspiré de personnes réelles sur lequel un filtre a été appliqué, transposant toute l’intrigue dans un monde visuel et narratif complètement décalé. Rappelant l’originalité d’un Wes Anderson à laquelle on aurait adjoint une folie créative sans limite, Matthew Rankin livre un conte jouissif sous acide et sans compromis, notamment à travers des décors extrêmement inventifs.

The Tesla World Light (2017), court métrage signé par le même réalisateur et disponible sur la chaine Youtube du National Film Board of Canada, laisse entrevoir le style de son auteur, bien que moins fantaisiste.

Malo Jacquemin

El Prófugo (2020) de Natalia Meta (Argentine)

 

Inés, chanteuse dans un chœur de Buenos Aires, vit de doublages de films érotiques japonais. Après une expérience traumatisante, elle se trouve être victime de cauchemars persistants et d’hallucinations. Le mystère semble se loger au sein de ses cordes vocales qui émettent des sons qu’elle ne peut maitriser.

Porté par un casting très bien choisi (on peut y noter la présence de Nahuel Pérez Biscayard), El Prófugo s’inscrit directement dans la lignée des Giallo, films policiers italiens penchant tantôt vers le paranormal ou l’érotisme. Les codes sont plantés d’entrée avec un esthétisme pop et des acteurs portant leurs performances au maximum à la manières de « scream queens ». Au début du film, la réalisatrice mène son intrigue avec habileté en alternant intelligemment humour et scènes de tension. À mesure que le mystère s’installe, la trame et le design sonore très léché suffisent à maintenir l’attention du spectateur. Toutefois, la quête de son origine se révèle être plus laborieuse. Le problème principal est alors le manque de structure de la deuxième partie. S’y noient plusieurs bonnes idées de mises en scène et de très beaux passages, mais la redondance de plusieurs scènes et l’absence d’utilisation de ces éléments pour servir à proprement parler le récit ralentit considérablement la narration.

El Prófugo devient à plusieurs égards un exercice de style ne semblant plus se soucier du fond. Le mystère peut être aisément percé et le film n’explore que peu la portée et les conséquences de la folie naissante de son personnage principal. Natalia Meta ne renoue pas ici avec l’énergie qui traversait Muerte in Buenos Aires (2014) qui, bien que présentant lui aussi certains défauts, était magnifié par une véritable force tout au long du récit. Au contraire des films de Dario Argento, El Prófugo ne tente pas d’être une proposition radicale, mais se contente de rester sur bien des niveaux « calme », en faisant ainsi un film qu’il n’est pas désagréable à regarder, mais un peu décevant pour les amoureux du genre…

Malo Jacquemin

Mogul Mowgli (2020) de Bassam Tariq (Royaume-Uni)

 

Un acteur et une prose.

Dans Mogul Mowgli, le réalisateur Bassam Tariq et l’acteur et rappeur Riz Ahmed nous racontent l’histoire de Zed, un jeune homme britannique d’origine pakistanaise habité par le rap depuis son enfance. Zed aspire à devenir un « mogul », mot issu de l’argot américain qui représente une personne très influente dans son industrie, en particulier musicale.

En tant que spectateur, on suit l’évolution d’un jeune poète qui déploie ses idées et revendique son identité dans une prose et une musicalité attrayantes interprétées par Riz Ahmed. En pleine force de l’âge, Zed se retrouve foudroyé par un coup du destin : on lui diagnostique une maladie auto-immune qui menace sa carrière à un point déterminant.

Tout au long du récit, hallucinations et souvenirs s'entremêlent à la réalité, exprimant le mal-être du personnage et créant une sorte d'histoire à doubles couches ; la première racontant l'histoire d'un artiste émergent qui doit surmonter certains obstacles, et la seconde, celle d’un enfant d'immigrés en quête de son identité.

Riz Ahmed incarne un corps qui, atteint d’une maladie auto-immune, se défend contre lui-même, et une conscience qui se bat contre ses propres idées, alors que le rap est le moyen que Zed utilise pour (tenter) de se retrouver.

Un personnage et des questions complexes.

Le personnage représente la complexité des questions soulevées par ce récit dès le début du film, auxquelles peuvent s’identifier artistes et enfants issus de l’immigration.

Le réalisateur et le personnage de Zed traitent ces questions sous l'angle d'un artiste tiraillé entre sa passion, sa culture, sa religion, le besoin de s'intégrer et le besoin d'être soi-même, de se sentir accepté et entendu. Des questions qui ressortent dès le début du film à travers les textes de son rap et avant même l'apparition de sa maladie. Cette maladie lui provoquant des hallucinations et notamment celle d'un chaman répétant le chant "Toba Tek Singh", semble agir comme un catalyseur dans la tourmente identitaire du personnage. D'ailleurs, ce chant fait référence à une fiction écrite par Saadat Hasan Manto et raconte l'histoire d'un homme qui, au moment de choisir entre le Pakistan et l'Inde, préfère rester dans le « no man's land ».

Bien que seuls les connaisseurs de cette satire puissent faire le rapprochement avec l'histoire de Zed, l'utilisation de cette référence, et bien d'autres, montre le souci du détail dont fait preuve le réalisateur. C'est avec une approche presque poétique, une technique originale et légère mais une intensité certaine, que Bassam Tariq et Riz Ahmed nous exposent ce récit.

Myriam Maghnouji et Rabia Diallo

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Traverser (2020) de Joël Richmond Mathieu Akafou (France, Burkina Faso, Belgique)

Traverser (After the Crossing) est un premier film documentaire qui traite de l'immigration de manière assez originale puisqu'il se focalise sur la vue d'un immigré à son arrivée en Europe, et non pas pendant son voyage. Inza est ivoirien et vient d'arriver en Italie. Le film nous permet de suivre son parcours difficile, son attachement à sa mère et ses différentes conquêtes féminines.

Traverser est un film très touchant et sincère. La justesse du documentaire est liée à son affranchissement des codes traditionnels de la représentation de l'immigration. De plus, il est très intéressant de pouvoir observer une vision ivoirienne de la mère et de la femme, non déformée par une standardisation occidentale. On notera tout de même une fragilité en termes de rythme et de montage, excusable pour un premier film. C'est avec impatience que nous attendons le prochain film documentaire de Joël Richmond Mathieu Akafou, actuellement en développement.

Alexiane Jarin

Todos os mortos (2020) de Caetano Gotardo et Marco Dutra (Brésil, France)

Todos os mortos est un long-métrage de fiction qui était présenté à la Berlinale pour sa première mondiale. L'action se déroule au Brésil quelques années après l'abolition de l'esclavage. Au sein d'une famille sont traitées avec finesse les relations entre mère et filles et entre deux sœurs, ainsi que la gestion du problème psychologique d'une des sœurs. Le contexte politique dans lequel s'inscrit la diégèse soulève également les nombreuses tensions existantes entre les anciens esclaves et les autres brésiliens, leur méfiance mutuelle et la difficulté pour les enfants de couleur, pourtant nés libres, de se faire une place dans un pays en mutation.

Todos os mortos est un film émouvant, avec une très belle photographie. La mise en scène, quelque peu monotone, est contrebalancée par des instants de grâce, certes furtifs mais bien présents.

Alexiane Jarin

Mamá, Mamá, Mamá (2020) de Sol Berruezo Pichon-Rivière (Argentine)

Le premier film de la réalisatrice et autrice de 23 ans Sol Berruezo Pichon-Rivière a fait sa première mondiale en marge de la compétition officielle de la Berlinale.

Ce film d’origine Argentine raconte l’histoire de Cleo, jeune adolescente qui a vécu le décès de sa sœur, Erin, noyée dans la piscine de leur maison. Cet événement tragique laisse la mère traumatisée. La grand-mère de Cleo, sa tante et ses cousines s’installent alors avec elles dans la maison afin de leur apporter un soutien. Malgré une maison remplie, Cleo se sent seule. Entre ses souvenirs et la réalité, douloureuse et difficile à accepter, ce film raconte son quotidien après cet événement. On assiste à des moments de vie anodins : des jeux entre cousines, un anniversaire, les premières règles de Cleo… La relation entre Cleo et ses cousines subliment ainsi le quotidien par des scènes de vie, dans un contexte douloureux et de tristesse.

Le film a été tourné avec une équipe entièrement féminine, initiative de la nouvelle génération d’artiste qui donne de l’espoir sur la place de la femme dans le cinéma qui reste, malgré tout, un milieu très masculin.

Avis aux futurs spectateurs à Berlin : le live voice over est pratiqué pour certains films non anglophones à Berlin. Un peu perturbant quand on ne s’y attend pas, et il faut quelques minutes pour s’y habituer. Bon courage. On pourrait aussi se demander si cette pratique n’est pas une atteinte à l’intégrité de l’œuvre ?

Michael Kahn

 

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Séminaire international de l'INA 2020 : Tv and Film Industry Actors : Strategies and Tactics in the global market

 

Du 27 au 29 janvier 2020, les étudiants du D2A ont eu la chance d’assister au séminaire international de l’INA, dont le thème cette année était : “ Tv and Film Industry Actors : Strategies and Tactics in the global market".

Durant ces trois jours, six intervenants se sont succédés pour partager avec les étudiants leur vision du marché et de son évolution ainsi que leur parcours professionnel dans ce secteur.

Première journée

La première journée du séminaire a débuté par l'intervention de Glenn Williamson, producteur indépendant américain et co-dirigeant de l'UCLA School of Theater, Film and Television Producers Program. Cette intervention a porté sur les rapports entre production indépendante et grands studios américains, ce qui nous a permis de mieux appréhender cet écosystème et l'activité de Glenn Williamson avec notamment la présentation de films qu'il a choisi de produire.

Les étudiants ont ensuite eu l'opportunité de suivre la présentation de Sam Klebanov, PDG de la start-up suédoise Cinezen Blockchained Entertainment. Après nous avoir présenté son activité de distributeur et le fonctionnement de la blockchain, Sam Klebanov nous a montré quels pourraient être les impacts de cette technologie sur l'industrie du film et tout particulièrement sur l'accessibilité des contenus.

Deuxième journée

La journée du mardi a été consacrée à deux nouvelles interventions.

Le scénariste et producteur américain Dan McDermott, dirigeant du BBC Studios Lionsgate Partnership, nous a tout d'abord rappelé que nous n'avons jamais autant consommé de contenu audiovisuel qu'aujourd'hui. Selon lui, le contexte actuel est particulièrement favorable aux créateurs de contenu audiovisuel notamment avec le développement de plateformes OTT. Après un état des lieux du marché de la SVOD, Dan McDermott nous a présenté des exemples de productions internationales pour nous montrer qu’il n’y a aucun moyen facile de développer un contenu et de lui faire prendre vie; la détermination est le mot-clé de la réussite de cette entreprise.

L’après-midi, Benjamin Harris, Directeur du programme Serial Eyes, premier cursus en Europe de formation des scénaristes pour la télévision, est venu nous parler du marché européen des séries. Après une présentation détaillée par pays ou groupe de pays, il nous a présenté les différents types de plateformes de streaming, en s’arrêtant sur le modèle de Netflix. En prenant ensuite l’exemple de Sky Germany et plus généralement des chaînes de télévision payantes, il nous a amené à nous questionner sur l’avenir de ces chaînes et leur manière de produire du contenu pour se démarquer des plateformes.

Troisième journée

La troisième et dernière journée a débuté par l’intervention de Chris Meir, enseignant-chercheur à l’Université Carlos III de Madrid, et spécialiste des industries du cinéma et des séries européennes. Après une présentation économique, puis historique de ce marché, pointant les évolutions du secteur, il nous a présenté les stratégies des producteurs dans le nouveaux paysages audiovisuel.

Le séminaire s’est terminé par l’intervention de Carole Baraton, co-fondatrice de Charades, société spécialisée dans les ventes internationales. Celle-ci nous a présenté sa société, et son métier de vendeuse internationales ainsi que la place du vendeur dans l’écosystème du cinéma et de l’audiovisuel mondial. La présentation s’est terminée par quelques exemples concrets du travail de vendeur.

Le Master D2A souhaite adresser un grand merci à l’INA pour l'organisation de ce séminaire ainsi qu'à l'ensemble des intervenants pour leurs présentations et le partage de leurs expériences.

Marie Loizillon et Perrine Bernollin

 

Rencontre avec Rémi Cervoni, Chargé de développement chez Gaumont

 

Le 20 janvier, les étudiants du D2A ont eu le plaisir de rencontrer Rémi Cervoni, en charge du développement chez Gaumont. Gaumont est une société qui fonctionne sur un modèle d’intégration verticale, c’est-à-dire qu’elle couvre à la fois les activités de production, distribution et ventes internationales. Ils produisent en moyenne douze films par an.

Rémi a commencé par nous expliquer la différence entre les acquisitions et le développement et nous préciser que les postes de chargé de développement n’existent presque que dans les sociétés de la taille de Gaumont.

Les acquisitions concernent la sélection de projets développés en externe. Dans ce cas, les deux personnes responsables de cette mission chez Gaumont doivent, parmi tous les projets de long-métrages envoyés par des producteurs indépendants, en choisir un certain nombre, que Gaumont pourrait coproduire puis distribuer. Lorsque l’équipe des acquisitions sélectionne un projet, elle doit le pitcher lors d’une réunion d’acquisitions qui se tient hebdomadairement. Ils doivent également faire une estimation budgétaire du projet, et chiffrer approximativement les entrées en salles, les ventes DVD et VOD et les ventes internationales. Si le projet est validé par la direction de Gaumont, ces données servent à savoir combien investir sur le projet afin d’entamer les négociations avec les producteurs à l’origine de celui-ci.

Il nous a expliqué que si Gaumont ne faisait initialement que des acquisitions, la société s’est lancée depuis peu dans le développement en interne. D’autres entreprises telles qu’UGC ou SND ont également choisi cette voie de l’internalisation. Le but dinternaliser est que le groupe soit le seul producteur délégué et fasse donc lui-même le travail de conception en amont du film.

Il a alors poursuivi son intervention en nous présentant les divers enjeux de ce travail de développement, qui correspond aux productions en interne chez Gaumont, et qui prend de plus en plus d’importance au sein des différents studios français.

En tant que chargé de développement, sa première mission est d’effectuer un important travail de veille, à la fois artistique (talents, comédiens, réalisateurs, scénaristes…) et thématique (trouver des sujets d’actualité, faits divers, thématiques fortes…). Gaumont peut décider de se tourner vers des projets originaux ou de passer par des commandes.

Rémi nous a fait savoir que le processus de production en interne dans un groupe est beaucoup plus lent que dans une société de production, car ici, il faut convaincre tout le monde avant de pouvoir sélectionner définitivement un projet. Néanmoins, la contrepartie est que les groupes disposent de départements spécialisés tels qu’un service juridique qui accélère le processus contractuel. Enfin, chez Gaumont, il ne sera pas nécessaire de chercher un distributeur et un vendeur international, étape qui peut s’avérer laborieuse dans le cas d’une production indépendante, puisque le groupe exerce ces deux activités.

Après avoir choisi un projet, vient l’étape de la sécurisation des droits, nécessitant une négociation avec les talents et leurs représentants. Se posent alors les questions liées à leur rémunération, à l’organisation du calendrier d’écriture (synopsis, traitement, séquencier, versions dialoguées…), etc. Il a alors marqué l’importance des services annexes, notamment du juridique, à cette étape du processus.

La phase d’écriture peut ensuite s’engager. Le rôle du chargé de développement est alors notamment d’orienter les auteurs, leur faire des retours artistiques ou relatifs à la stratégie budgétaire… Il intervient auprès d’eux jusqu’à l’obtention de la version définitive. Cette phase d’écriture dure en moyenne un an et dans 80% des cas elle nécessite un coauteur.

Lorsqu’une version définitive est approuvée, on peut passer à la phase de packaging qui consiste à trouver le casting idéal. En parallèle de cela, l’équipe de développement gère le devis du film. Grâce à l’aide d’un producteur exécutif travaillant en interne chez Gaumont qui constitue le budget du film, ils pourront commencer à contacter des chaines ou des plateformes pour compléter le plan de financement. Une fois celui-ci bouclé, la phase de développement sera terminée et le film pourra partir en tournage.

Le chargé de développement doit ainsi toujours assurer la continuité et la cohérence du projet, en ayant en tête les exigences des chaines et financiers.

Les étudiants du D2A remercient Rémi Cervoni pour avoir pris le temps d’intervenir pour nous expliquer son métier et répondre à leurs interrogations !

Clara Marquardt et Marion Dennequin

Rmicervoni

 

Le D2A chez Arte

 

A l’occasion d’un séminaire fiction le 31 janvier 2020, la promotion 2019/2020 du D2A a eu l'opportunité de pénétrer au sein des locaux d'une référence de la télévision européenne ; le groupe Arte. La matinée était consacrée à une rencontre avec différents acteurs de la production de fiction et de la communication du groupe et l'après-midi à un atelier de travail sur des problématiques concrètes d’Arte.

Dans un premier temps, Adrienne Fréjacques, et Clémentine Bobin ont présenté leur rôle chez Arte, notamment dans le département des Programmes Fiction TV & Web. Leur présentation comprenait une description détaillée du processus de développement et de validation d’un projet par le conseil d’administration.

Par la suite, les étudiants ont eu l’opportunité de rencontrer Olivier Wotling, directeur de l’unité fictions d’Arte France. Ce dernier, en charge de présenter sa fonction dans le groupe, a pu donner son point de vue sur la production audiovisuelle au sein d’une époque de montée en puissance des plateformes SVOD et la création de nouvelles plateformes.

Comme l'explique Mr. Wotling, l’identité de marque d’Arte a été façonnée par les documentaires qu’elle produit et/ou diffuse. Par conséquent, la chaîne s’oriente à présent davantage vers l’intégration de fictions. Afin de se démarquer des autres chaînes de télévision, sa stratégie est guidée par un de genres de fictions délaissés par ces dernières. Par la même occasion, Olivier Wotling a rappelé le souhait d’Arte de promouvoir la création européenne et les coproductions internationales.

Grâce à l’intervention de Stéphanie Boisson, responsable marketing, communication et publicité, les étudiants ont pu avoir un aperçu de la stratégie promotionnelle très intéressante de la série Mytho.

L’après-midi, les étudiants se sont retrouvés dans une salle de projection pour assister à la diffusion en avant-première de la fiction « Dérapages », présentée prochainement à Série Mania. Cette série est une fiction dramatique avec un casting de renom ; notamment Eric Cantonna et Suzanne Clément. A la suite de la diffusion des deux premiers épisodes, les étudiants ont participé à un atelier de travail au cours duquel ils devaient rédiger un retour d’appréciation et des recommandations d’amélioration sur l’aspect éditorial et marketing de cette nouvelle production Arte. Réunis par groupes de quatre, ils remplissaient un formulaire de questions concernant la mise en scène, le récit ou les performances d'acteurs. Ce moment a permis un échange entre les étudiants sur leurs ressentis face à cette série. Ils ont ensuite rempli un questionnaire sur les aspects de la communication et du marketing qu'il leur semblait possible de mettre en pratique au vu des informations apprises le matin-même. La journée se termina par la transmission des retours des étudiants à Adrienne Fréjacques et Stéphanie Boisson. Chacun eut l'occasion d'exprimer les points positifs et les doutes créatifs qu’ils avaient sur cette fiction.

Pour résumer, cette journée de séminaire passée chez Arte fut une expérience immersive et instructive qui a pu conforter certains étudiants dans leur choix de profession future. L’ensemble de la promotion tient à remercier chaleureusement Adrienne Fréjacques ainsi que tous les intervenants pour cette journée.

Rabia Diallo et Améline Ravel

Arte1

Arte2

 

 

Visite des locaux de TF1

 

Pour débuter l’année, les étudiants ont eu l’honneur d’être accueillis dans les bureaux du groupe TF1 le lundi 6 janvier.

La promotion a tout d’abord été reçue par Justine Gébert, responsable Ressources Humaines, venue offrir une vision panoramique de l’ensemble des services de TF1. Les étudiants ont ainsi pu découvrir l’agencement et l’organisation des différentes directions constituant le groupe :

Production

Antenne

Acquisition et programmation

La présentation s’est poursuivie par une approche plus précise des différents pôles et métiers de l’antenne. Successivement, les étudiants ont pu découvrir les missions des différents pôles de l’entreprise, les interdépendances de ces derniers et les métiers qui s’y exerce afin d’obtenir une vision globale de l’activité du Groupe, de ses enjeux et de ses futurs développement.

Suite à cela, Nicolas Claude, chargé de conformité, est venu sensibiliser les étudiants aux objectifs du service Conformité des programmes en leur expliquant le rôle de la loi et de la convention qu’une chaine signe avec le CSA lors du choix des programmes diffusés. Face à des situations pratiques, les étudiants ont pu appréhender de façon concrète l’importance de ce service au sein d’une antenne audiovisuelle. Il travaille sur l’ensemble des programmes distribués avec une part importante de lecture et de visionnage de contenus, lors du choix de la signalétique adaptée (-10, -12, -16) ou lorsqu’il y a du placement de produit dans un programme.

A travers ces présentations et les échanges qui s’y sont attaché, la promotion du D2A a pu se projeter professionnellement dans l’activité de l’Antenne, débattre des activités et des stratégies de développement.

Une fois ces présentations terminées, les étudiants ont eu la chance de pouvoir se rendre sur les plateaux de tournage d’émissions telles que : C’est Canteloup, le Journal de 13h et Sept à Huit.

La promotion du D2A remercie TF1 pour cette matinée passée dans leurs locaux.

Maud Mouillerac

TF1 2

TF1 1

Conférence - Nouvelles écritures et Nouvelles narrations

Le master D2A a reçu le 21 janvier 2020 Jérémy Pouilloux de La Générale de Production et Chloé Jarry de Lucid Realities.

Jérémy Pouilloux nous a permis de visionner Tantale de Gilles Portes, bel exemple d'un film interactif. Le film, sorti en 2017, continue à être diffusé dans des festivals et salles de cinéma. Cette durée d'exploitation, plus longue que celle des œuvres plus « classiques », participe au modèle économique de ce type de dispositif.

Par la suite, Chloé Jarry nous a fait un état des lieux de ce que sont les nouvelles écritures et nouvelles narrations.

La production française est assez en avance sur les nouvelles écritures, notamment du fait du fonds nouveaux médias initié par le CNC en 2007. Ces nouvelles formes narratives sont très puissantes, car une immersion totale permet d'accrocher le public : moins de 5% de l'audience ne va pas jusqu'à la fin d'un programme en réalité virtuelle.

Cependant, du fait des moyens techniques nécessaires, l'audience touchée est souvent assez restreinte (les cinémas ne sont par exemple pas équipés pour l'interactivité ou la réalité virtuelle). De ce fait, les producteurs deviennent également diffuseurs et doivent créer des « événements » afin de pouvoir montrer leurs films. Différents canaux existent afin de diffuser ces nouvelles œuvres, mais la situation muséale semble pour le moment être la plus appropriée.

Quelques exemples d’œuvres :

      Missions printemps, Simon Bouisson (2011), projet transmédia interactif.
           

      Do not track, Brett Gaylor (2015), série où les datas du spectateur sont utilisés          pour enrichir la narration.
           

      Phallaina, Marietta Ren (2016), « scrolling graphic novel ».
           

      WEI or DIE, Simon Bouisson et Oliver Demangel (2017)
           

      The Enemy, Karim Ben Khelifa (2017), réflexion sur la guerre et sur l'humanité.       Deux versions : une en réalité virtuelle et une en réalité augmentée.           
           

      Eté, Thomas Cadène et Camille Duvelleroy (2017/2018), fiction instagram : un épisode chaque jour, pendant tout l’été.
           

      République, Simon Bouisson et Olivier Demangel (2019) fiction interactive qui montre 3 groupes de personnes en même temps pris dans un attentat à la         station de métro République.

L’œuvre interactive change la manière de créer. Les moyens d’accéder à l’œuvre (devices) sont différents, et donc la manière de raconter est également différente.

Une œuvre interactive est une œuvre collective dans laquelle on retrouve l'auteur du scénario, l'auteur de l'adaptation, l'auteur du texte parlé, l'auteur des compositions musicales spécialement réalisées pour l’œuvre, le réalisateur ; mais on y ajoute la conception graphique, l'auteur de la scénarisation interactive ainsi que l'auteur du code (le développeur).

Les aides ouvertes aux nouvelles narrations :

                  CNC    Fonds d’aides aux nouveaux média / Fonds d’aide aux expériences          numériques (changement de nom en 2017)
           

                  CNC    : aides à la création visuelle ou sonore par l’utilisation des           technologies numériques de l’image et du son CVS (les aides vont   majoritairement aux nouvelles techniques, VFX, innovations           techniques)
           

                  CNC    : Fonds d’aide aux créateurs vidéo sur Internet (CNC Talents, «         fonds Youtube »)
           

                  Créative Europe Media : soutien au développement de contenus audiovisuels de projets individuels/slates.

Les étudiants remercient chaleureusement Jérémy Pouilloux et Chloé Jarry pour leurs interventions.

Claire Suhamy et Alexiane Jarin

Panorama international du marché des médias avec Laure Codron et David Amiel

Les 20 et 22 novembre, les étudiants du master D2A ont été ravis d’assister à une série de conférences autour du thème du marché international des médias, animées par Laure Codron et David Amiel, anciens élèves du D2A.

Laure Codron est aujourd’hui responsable des Études et de la Coordination des Contenus chez Banijay Group France, une société de production et distribution de contenus audiovisuels destinés aux télévisions et plateformes multimédias. Elle inclut un large catalogue de programme dans 16 pays, et s’inscrit dans une logique multi-axes avec une domination des programmes de flux de divertissement. En France, Banijay s’illustre avec des productions telles que Les Ch’tits, Les Marseillais ou encore 28 minutes d’Arte.

David Amiel est conseiller de programmes documentaires au sein de l’unité « Société et géopolitique » du groupe France Télévisions, pour la chaîne France 5. Il est chargé de l’émission 25 nuances de Doc, compilation de documentaires relatant des histoires intimes ayant une résonance à l’échelle globale. Sa mission consiste, principalement, en la gestion des pré-achats et des acquisitions internationales, ainsi que de l’exposition sur le non-linéaire.

Ensemble, ils nous ont présenté les différents acteurs présents sur le marché des médias, et ont souligné l’importance des métiers de la création et du développement de programmes, mais également celui de l’adaptation de formats étrangers. Nous avons fait un panorama des pays principaux exportateurs de flux, avec en tête les États Unis, le Royaume-Uni et la Hollande. Concernant le stock, et principalement la fiction, les règles du jeu sont différentes puisque les fictions locales sont en général privilégiées par les téléspectateurs.

Ils nous ont rappelé l’importance des audiences dans un marché économique qui est celui de la régie publicitaire, avec de grands enjeux sur l’access et le prime time.

Dans une seconde partie, nous nous sommes concentrés sur les nouveaux acteurs du marché international et les évolutions apportées par le renouvellement des modes de consommation de programme (SVoD). La tendance générale donne une place centrale à la fiction, au détriment des programmes de divertissement, avec tout de même des programmes au succès mondial considérable, comme Mask Singer.

Netflix, leader mondial de services de vidéos à la demande, a été analysé comme un acteur hégémonique au modèle novateur ; mais la concurrence arrivante risque d’être un frein à sa progression constante d’abonnés.

La concurrence s’inscrit autour des contenus car chaque acteur, Amazon Prime Video, Disney+, Apple TV+ ou encore HBO max cherchent à attirer de nouveaux abonnés par l’innovation de leurs contenus. Il semblerait alors que cette course soit favorable aux acteurs traditionnels offrant de la création de contenus.

Les étudiants du D2A remercient chaleureusement cette double intervention extrêmement riche, et fondamentale pour comprendre les enjeux traditionnels et nouveaux attachés à la production et à la diffusion de programmes audiovisuels.

Lorette Choné

Conférence - Rencontre avec Ella Cohen, Responsable de la veille et des acquisitions chez Newen

 

Vendredi 29 novembre, les étudiants du Master D2A ont eu le plaisir de rencontrer Ella Cohen, Responsable de la veille et des acquisitions chez NEWEN, un des leaders français de la production et distribution audiovisuelle française. Newen possède de nombreuses filiales françaises et européennes et appartient au groupe TF1. Parmi les sociétés étrangères acquises, on trouve Pupkin (Pays-Bas), De Mensen (Belgique), ou Reel One (Canada). La société collabore avec plusieurs autres chaînes et diffuseurs, tels que Canal+, RMC Découverte, Netflix, Amazon ou encore France Télévisions.

Ella Cohen nous a parlé au sein du service de développement, qui a pour essence-même la « production d’idées originales et l’adaptation de formats ». C’est pour cela qu’il convient de regarder des formats TV du monde entier et de les adapter, transformer au regard de leur potentiel et du public cible. Au sein de ce service, on crée et adapte en réfléchissant à comment renouveler l’offre, à quelle marque créer, en access ou en prime time, pour attirer les téléspectateurs. Il est donc primordial de se tenir informé des formats existants à succès, et d’anticiper ceux à venir. Pour cela, la pratique de la veille est indispensable, car on ne peut pas produire sans savoir ce qui a déjà été fait. Il ne s’agit donc pas seulement de produire des idées, mais de produire de bonnes idées, celles qui apporteront une valeur ajoutée et qui tomberont au bon moment, le time to market.

Pour produire ces bonnes idées et les proposer aux diffuseurs, le service de développement créera un programme ou en achètera un pour l’adapter. Newen, en tant que créateur de formats, est amené à les vendre à l’international, avec des dossiers qui présentent le programme. Un bon dossier, nous a dit Ella Cohen, est un dossier qui aborde les promesses du programme, et en quoi il sera différent des autres. Il présentera sa mécanique, les ingrédients et incarnants de l’univers créé (les acteurs, le présentateur…). Avant un rendez-vous avec les diffuseurs, il faut donc venir préparé, connaitre la chaine, ses succès et ses échecs, avoir une idée d’insertion du programme dans la grille horaire, et pouvoir proposer des alternatives si besoin.

Nous avons terminé en faisant un point sur les tendances du marché du flux, qui reste globalement le même, sans nouvelles tendances. Le marché a cependant aujourd’hui tendance à se décaler vers la fiction, qui semble avoir pris le devant sur le flux. On recense toujours beaucoup d’adaptations, dont celles de podcasts, qui sont une nouvelle source d’inspiration.

Les diffuseurs sont très demandeurs auprès de services de développement, car aujourd’hui, on dénote un besoin de création toujours plus fort. Ces diffuseurs ont donc tout intérêt à participer à la création, puis à distribuer les formats à l’international.

Les étudiants du Master D2A remercient chaleureusement Ella Cohen pour son intervention et pour avoir répondu à leurs questions.

ella cohen

Ambre Lemaitre et Perrine Bernollin

 

Les Matinales de l'EMNS - Rencontre avec Ara Aprikian, Directeur Général en charge des Contenus du groupe TF1

 

Le 13 Novembre 2019, les étudiants des Masters D2A et ECN ont eu l’honneur de recevoir Monsieur Ara Aprikian, Directeur Général en charge de Contenus du Groupe TF1.

Après avoir effectué ses études à Sciences Po Paris et à l’ENSAE (École nationale de la statistique et de l'administration économique), Ara Aprikian, passionné par l’univers des médias et de la culture, effectue un premier stage chez TF1 en 1988. Il restera ensuite 10 ans au sein du groupe, où il travaillera pour différentes unités de programmes, avant de rejoindre le groupe Canal+.

Pendant 10 ans, il y dirigera les programmes de flux de l’offre gratuite de Canal+ (Groland, Le Grand Journal…), auxquels s’ajouteront ensuite les programmes de D8 et D17. Il quitte Canal en 2015 pour revenir chez TF1 et y intégrer la nouvelle équipe dirigeante menée par Gilles Pélisson, fraîchement nommé Directeur Général du groupe, et devient Directeur Général en charge des Contenus de l’ensemble des chaînes du groupe TF1 (excepté l’information et LCI).

Pour rappel, le groupe TF1 réunit : 5 chaînes en clair linéaires, 3 chaînes payantes linéaires, une plateforme de replay MyTF1, la société de production Newen (Plus Belle La Vie, Demain nous appartient…), un pôle cinéma de production/distribution « TF1 Films », une offre digitale avec Unify et des activités musicales à travers TF1 Musique/Spectacles.

Sur la révolution industrielle et la digitalisation des contenus audiovisuels

Aujourd’hui, l’enjeu majeur est l’augmentation de la concurrence avec une multiplicité des supports de diffusion. Pour Monsieur Aprikian, nous sommes face à une réelle « révolution industrielle » du secteur.

En réalité nous n’avons jamais autant consommé du contenu audiovisuel, cette consommation est juste plus éparpillée. La télévision est toujours le premier loisir quotidien des français avec un temps d’écoute de plus de 3h30 par jour et par personne en moyenne. L’an prochain, la mesure d’écoute prendra en compte la consommation hors domicile et sur d’autres supports, et permettra d’avoir une vision plus affinée des comportements des téléspectateurs.

Le véritable enjeu se situe sur la monétisation des contenus. Les annonceurs se déportent vers d’autres médias audiovisuels, en particulier digitaux, Facebook et Youtube en tête, donc la rentabilité des contenus est mise à mal. Ce nouveau modèle économique pousse les acteurs historiques à se réinventer. Aujourd’hui, le marché de la publicité à la télévision est stagnant, alors que celui du digital est en pleine croissance.

Stratégies sur le linéaire et avenir de la télévision

Le challenge pour la télévision linéaire, c’est de créer de véritables rendez-vous avec les téléspectateurs sur des programmes identifiés. Il faut avoir une offre claire et simple mais avec une valeur ajoutée forte.

Il faut énormément travailler sur le marketing d’un programme pour que ces rendez-vous soient assimilés. La télévision a l’avantage d’être un mass media qui permet de toucher le plus grand nombre de personnes possibles à un moment défini.

Ainsi, pour redynamiser son offre de « rendez-vous », TF1 a lancé son feuilleton quotidien Demain nous appartient, et des fictions de prime-time fortes, accompagnés d’efforts de marketing importants. La fiction connaissant un âge d’or actuellement, TF1 a plus de 80 projets de fictions en développement.

Forte de son offre de fiction, TF1 n’en oublie pas pour autant son offre de flux avec l’achat de nouvelles franchises de divertissement (Mask Singer) et la modernisation des anciennes (Koh-Lanta, The Voice). Il y a également une volonté de diversification du sport avec l’acquisition des droits de l’Euro de football féminin (poussé par la bonne surprise des audiences de la Coupe du monde féminine), mais aussi d’autres sports comme le Handball.

Le Groupe TF1 essaye en permanence de proposer les meilleurs programmes/projets présents sur l’ensemble du marché, tout en accompagnant et en s’adaptant aux mutations industrielles. L’ADN de TF1, c’est de créer l’évènement et de s’adapter en permanence à l’offre. Ce leitmotiv permet au groupe aujourd’hui de maintenir son statut de leader européen.

Sur le modèle économique des plateformes et leur avenir

Pour Monsieur Aprikian, les plateformes de SVOD présentent aujourd’hui un modèle économique complexe et non pérenne.

Nous sommes dans une course à l’abonnement, ce qui explique que Netflix s’endette tant qu’il peut gagner des abonnés et le prouver. Une fois la taille critique atteinte, donc quand il ne pourra plus accroitre ce nombre d’abonnés, Netflix devra alors trouver un autre modèle économique rentable pour espérer perdurer. Ce qui donnera très sûrement lieu à une augmentation des prix, et une offre de catalogue moins riche : d’une part par la reprise de droits de certains programmes phare par leurs studios mais également car ils produiront moins d’« originals ».

On est donc aujourd’hui dans un modèle de conquête avec un réel dumping par les coûts sur le prix des abonnements. L’amortissement des investissements par endettement sera donc très complexe à réaliser sur le long terme.

Pour Ara Aprikian, il n’y a pas la place pour plus de trois plateformes de dimension internationale sur un même marché ; Netflix et Disney+ devraient s’octroyer les deux premières. Cela devrait laisser la place à des acteurs nationaux comme SALTO, et à des acteurs différents comme Amazon ou les FAI, pour lesquels les contenus ne sont pas rentabilisés par l’abonnement.

Le Projet SALTO

Disponible courant 2020, SALTO est une plateforme en ligne réunissant les contenus en replay et des contenus additionnels inédits des groupes TF1, France TV et M6. Les plateformes de replay préexistantes des groupes cohabiteront tout de même avec SALTO, car elles permettront une meilleure éditorialisation des contenus propres à chaque groupe.

Selon Ara Aprikian, les programmes des trois groupes seront disponibles sur SALTO, sauf ceux qui auront été préfinancés par un acteur international. Ainsi, par exemple, la série événement Le Bazar de la Charité, co-financé par Netflix, ne sera ainsi pas disponible sur SALTO, mais sur Netflix, sept jours après la diffusion du dernier épisode en linéaire.

Bien que pouvant paraître paradoxal, il faut selon lui se mettre dans une posture opportuniste et rentabiliser au mieux les investissements. En effet, 80 à 90% des recettes publicitaires s’effectuent à la première diffusion d’un programme. Ainsi, une vente de droits à des acteurs comme Netflix n’est donc pas pénalisante pour la chaîne, permet d’avoir un financement plus important du programme et donc de meilleure qualité, et de toucher un public plus large. Ainsi Le Bazar de la Charité a bénéficié d’un financement record de plus de 17 millions d’euros (environ 2 millions/épisode).

Toujours concernant SALTO, elle est selon Ara Aprikian une alternative locale aux plateformes américaines, mais n’aurait pas pu être construite au niveau européen. Il espère toutefois une copie du modèle « SALTO » dans d’autres pays européens (par exemple Britbox au Royaume-Uni).

Le marché est donc amené à évoluer, d’anciens modèles vont être amenés à disparaître pour laisser place à de nouveaux. Mais la télévision linéaire et les groupes traditionnels proposant des programmes de flux ont encore de beaux jours devant eux et s’adapteront aux nouvelles exigences du marché.

Les étudiants du D2A remercient Monsieur Ara Aprikian pour son intervention et ses réponses à leurs nombreuses questions.

ara aprikian

Aliénor Guery et Perrine Bernollin